critique &
création culturelle

Ferris Bueller’s Day Off de John Hughes

Scène culte (38)

Après Sixteen Candles en 1984 et l’iconique The Breakfast Club en 1985, John Hughes, aka le papa des teen movies 80’s, revient en 1986 avec Ferris Bueller’s Day Off . Le film deviendra lui aussi un classique du genre coming-of-age , notamment grâce à sa célèbre scène d’introduction.

Après le titre en gros lettrage bleu, une grande maison blanche typique des banlieues américaines remplace peu à peu l’écran noir. Un petit « Ferris? », prononcé d’une voix douce et maternelle, masquant une légère inquiétude, vient casser le silence.

Le plan fixe sur la maison se coupe et le visage de notre héros, Ferris Bueller (interprété par Matthew Broderick), apparaît en gros plan, couché sur son lit, les yeux écarquillés et la bouche ouverte. Le·la spectateur·ice ne peut s’empêcher de penser pendant un quart de seconde : « Est-il mourant ? » Alors qu’il tente de se relever difficilement, il paraît ensuite évident que Ferris joue la comédie. Prétendant devoir absolument se rendre à l’école pour passer un examen, il argumente face à ses parents qui essayent de l’en dissuader, convaincus que leur fils chéri est réellement malade.

La caméra se fixe ensuite sur une adolescente debout, qui assiste à la scène. D’abord un plan sur ses pieds tapant impatiemment sur le sol, puis sur ses mains qui pianotent de manière agacée sur ses hanches, et enfin sur son visage exaspéré. Elle s’exclame avec dédain et énervement : « What’s his problem? 1 ». Alors que sa maman prend sa défense, Ferris pousse la comédie encore plus loin, prétendant être trop fiévreux pour reconnaître sa sœur. Il se relève, fait mine d’être étourdi et l’appelle aveuglement : « Jeanie ? Is that you? 2 » avant de s’effondrer sur son coussin. Chaque geste de l’adolescent est encore plus grotesque que le précédent. Le ton humoristique, presque caricatural, du long-métrage est posé. On remarque immédiatement le regard léger et insouciant que John Hughes pose sur la jeunesse.

Filmant toujours un seul personnage à la fois, la caméra alterne entre le visage doux et inquiet de la maman, les (faux) gémissements de Ferris et la moue irritée de Jeanie, interprétée par Jennifer Grey (nulle autre que Baby dans Dirty Dancing qui sortira l’année suivante). Au milieu de ce chaos comique, on aperçoit Ferris glisser un clin d'œil à sa sœur, comme pour lui demander de jouer le jeu mais aussi peut-être pour la narguer. La petite rivalité entre le fils pourri gâté et la fille pour qui rien ne va pointe déjà le bout de son nez. Consciente que ses arguments n’aboutiront à rien, Jeanie finit par claquer la porte. Trop préoccupés par l’état de santé de leur fils, les parents s’empressent de le rassurer avant de partir pour le travail.

Cut.

Ferris se retourne face à la caméra. Regardant droit dans l’objectif, il proclame : « They bought it 3 ». Le quatrième mur est brisé, la musique se lance enfin. Fier de sa performance, Ferris commence alors son célèbre monologue. S’adressant directement aux spectateur·ices comme à des ami·es, il leur donne des conseils sur comment agir comme lui. On entrevoit sa chambre, une chambre d’ado des plus classiques : des posters recouvrant chaque centimètre de mur, une télé qui diffuse MTV en fond, une guitare électrique et un drapeau anglais (premier petit clin d'œil de l’amour de Ferris pour le rock britannique). Il conclut d’ailleurs son monologue par une citation de John Lennon ; en rétrospective, une sorte d’amuse-bouche de la scène de la parade où notre protagoniste préféré chante Twist and Shout des Beatles.

En quelques phrases d’une philosophie simple et désinvolte, le héros nous convainc de laisser la stupidité de l’école de côté pour profiter de la vie. C’est là toute la force de Ferris : une éloquence pleine de naïveté mais qui révèle des vérités incontestables. Personne ne peut argumenter face à Ferris Bueller. S’il peut paraître immature et insouciant, son monologue laisse déjà entrevoir la clarté avec laquelle l’adolescent voit la vie. À quelques mois de son entrée à l’université, il a conscience de la dure réalité qui l’attend et compte bien saisir toutes les opportunités pour retarder ce passage redouté à l’âge adulte. Impuissant face aux beaux mots du personnage, le public ne peut que boire ses paroles, acquiescer et suivre Ferris dans ses aventures loufoques, son jeu du chat et de la souris.

Life moves pretty fast. If you don’t stop and look around once in a while, you could miss it 4 ).

- Ferris Bueller

Véritable ode cartoonesque à la gentille rébellion adolescente, Ferris Bueller’s Day Off nous pousse ainsi à (re)trouver la naïveté de notre jeunesse, et à concrétiser (même par procuration) le rêve de tout·e adolescent·e : sécher les cours, sans jamais en vivre les conséquences.

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Ferris Bueller’s Day Off

Réalisé et écrit par John Hughes

Avec Matthew Broderick, Jennifer Grey, Alan Ruck, Mia Sara, Jeffrey Jones

États-Unis, 1986

98 minutes

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