Karoo a rencontré Florent Le Duc, organisateur du festival FrancoFaune et des Secrètes Sessions bruxelloises. Un homme accueillant, qui a en tête bien des projets, et qui lève une partie du voile sur ces mystérieuses rencontres musicales.

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FLD-photo-Florent-le-DucLe concept de « Secrètes Sessions » est inhabituel et plutôt original.
Il s’est créé aux Nuits Secrètes, un festival de musiques actuelles organisé à Aulnoye-Aymeries, dans le nord de la France. Les têtes d’affiche, qui jouent habituellement tard le soir, arrivaient quand même tôt pour leur balance. Deux personnes ont alors eu l’idée d’équiper d’instruments divers le petit théâtre du coin, qui n’était pas utilisé pour le festival, histoire d’occuper les musiciens qui avaient six ou sept heures à tuer. Le concept s’est déplacé à Paris, au Divan du monde, avant de débarquer au VK à Bruxelles via le festival FrancoFaune, pour lequel je travaille. Il y a ce côté punk derrière qui est drôle, et qui fait la force du projet. On passe tellement de temps à planifier les choses dans le business musical que cette manière spontanée et décomplexée de produire de la musique permet de respirer un peu et de se laisser aller. Les Secrètes Sessions, c’est certes un atelier créatif, d'où sort de la matière artistique, presque artisanale, mais c’est aussi un atelier récréatif pour beaucoup de participants.

Comment cela s’organise en pratique ?
La création dure trois jours, et un quatrième est nécessaire pour la préparation du concert. La journée commence à dix heures et se termine vers minuit. Toutes les deux heures, les artistes se relaient sur la scène pour travailler de nouveaux morceaux. Qui le sent y va. Il y en a qui attendent un peu, parfois longtemps, pour sentir l’ambiance avant de prendre leur tour. Une fois sur scène, c’est le premier qui propose quelque chose qui lance la chanson. Au bout des deux heures sont appelés les « gars de la vidéo », et le groupe est alors filmé pendant l’enregistrement live du morceau fini. Ils font deux ou trois prises, puis la meilleure est envoyée aux responsables du mixage sonore, avant de servir aux gars de la vidéo pour le montage. En trois heures, la chanson est clipée, mixée, mastérisée et immédiatement mise en ligne. Comme tu le vois, l’énergie déployée sur ces trois jours est assez incroyable.

Tu es batteur. Cela ne t’a pas tenté de participer toi aussi aux sessions ?
J’y ai participé… une session en tant que batteur (cf. la chanson Administration, au nom sans signification), une autre en tant que bassiste (cf. Quel bonheur !), et puis j’ai joué d’autres bricoles.

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Dimoné.
Dimoné.

Y a-t-il une chanson des Secrètes Sessions qui te tient particulièrement à cœur ?
Il y en a une que j’aime beaucoup, S’c’n’est qu’un serpent, composée par Dimoné, Michaël Jones des The Girl Whocriedwolf et Joey Robin Haché. Tout est sorti instantanément, et l’ensemble est très bien trouvé. Le morceau fait quelques vagues avant de se terminer sur une espèce de climax. Je trouve qu’on touche quelque chose d’impressionnant avec ce genre de création. Elle emblématise les objectifs artistiques que visent les Secrètes Sessions. Quant à l’année passée, c’était Tes amis, dans laquelle Gérard Lanvin en prend pour son grade.

 

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Vous contactez visiblement des musiciens issus de milieux totalement différents.
Et j’espère qu’on va continuer à s’ouvrir ! Qu’il y ait un vrai mélange de scènes. Cette année, en plus des divers horizons musicaux représentés, il y avait des Français, un Acadien (qui était d’ailleurs dans la programmation du festival FrancoFaune) et un Suisse. Le VK, qui est une salle flamande, a contribué à cette mixité et a contacté deux musiciens, le batteur Michaël Jones et la chanteuse Nathalie de Man, qui a d’ailleurs choisi de chanter en français alors qu’elle a l’habitude de le faire en anglais. Nous contactons toujours beaucoup d’artistes, pour n’en avoir finalement qu’une vingtaine qui acceptent. L’exercice ne convient pas à tout le monde, il oblige à sortir de sa zone de confort, et certains musiciens ne fonctionnent pas comme ça. Mais sur scène, nous voulons que cette zone de confort puisse disparaître, qu’il n’y ait aucun a priori, aucune barrière. S’amuser à créer quelque chose avec d’autres personnes, c’est ça qui est important, peu importe son niveau ou son genre de prédilection. Je me souviens d’une chanson qui traînait sur une note, un la. Mais comment fait-on naître un morceau autour d’un la ? Et avec des mecs que tu ne connais pas, tu discutes et essaies de créer quelque chose de cohérent autour d’une simple note, la « note bleue ». Les musiciens sortent souvent des Secrètes Sessions avec une confiance et une énergie renouvelées.

Comment est-ce financé ?
C’est le festival FrancoFaune qui s’occupe principalement des frais, épaulé par les Nuits Secrètes. Le VK nous aide en mettant la salle à disposition, et des partenariats apportent aussi de l’eau au moulin. Mais nous nous débrouillons, toujours dans cet état d’esprit punk dont on parlait tout à l’heure. D’ailleurs, pour l’année prochaine, on se demande si l’on n’en fera pas un événement gratuit, histoire de toucher un public plus large, moins averti. À voir.

D’ailleurs, qu’en est-il de l’année prochaine ?
Il est encore trop tôt pour le dire. Le débriefing avec le VK se fera fin novembre. Mais l’objectif principal pour l’année prochaine sera de peaufiner l’amont et l’aval du concert final. Il devrait y avoir plus de témoignages du processus de création, parce que c’est là que ça se passe, et le public arrive le soir du concert sans trop savoir de quoi il en retourne. En aval, c’est plutôt la diffusion des œuvres qui peut être améliorée. Sur certains morceaux, on sent les deux petites heures de travail, mais quand on connaît le processus, le résultat prend une tout autre envergure. Faire circuler l’idée qu’en 2015, des musiciens qui ne se connaissent pas peuvent créer quelque chose en très peu de temps, là est l’intérêt. Nous voudrions aussi que des artistes plus confirmés y participent, qu’ils jouent le jeu de la spontanéité. Des Arno, des David Bartholomé et autres Rudy Trouvé par exemple.

L’appel est lancé !