Rédacteur Lisa Cogniaux

Passionnée par la dramaturgie et la mise en scène, j'écris ici des analyses de spectacles. Tendance marquée au féminisme, à la contradiction et à l'éclectisme. Un exemple de ce que pour moi devrait toujours être la critique : Carnet critique, Avignon 2009, Diane Scott.

Ses articles

  1. Volcan
    Dépolitiser le clitoris ?

    Volcan / Une histoire du clitoris est un spectacle hybride, entre la conférence et l'objet artistique abstrait. Discours informatifs et monologues intimes s'entremêlent, agrémentés de scènes purement gestuelles semi-dansées et de chansons.

    Un programme ambitieux, donc, concentré sur un sujet non moins ambitieux : le clitoris, organe
    « méconnu » comme le souligne le texte du spectacle, voire « sujet tabou ». Méconnu, tabou, vraiment ?

    Certes, il l’a longtemps été et l’est encore dans certains milieux et certains pays. Mais le spectacle étant clairement occidentalo-centré, il eût été utile de faire références à la vague sex-positif qui, depuis les années 1980, voire avant, s’attache à libérer la parole sur les sexualités ((On appelle féminisme sex-positif le féminisme qui est né en réponse à un féminisme radical. Ce dernier comparait tout acte sexuel à un viol car les femmes, puisqu’elles étaient aliénés par le patriarcat, ne pouvaient être capables de jouir d’une sexualité libérée. Pornographie et prostitution était par exemple sévèrement condamnées. Au contraire, le féminisme sex-positif pensent que les femmes peuvent se libérer en utilisant et en se réappropriant leur sexualité et qu’il est possible de militer et d’être sexuellement épanouis. Ceci étant une vulgarisation grossière, je vous invite à aller lire un autre éclairage.)). Il me semble que les documentations sur le clitoris ne manquent pas, des chaînes YouTube de vulgarisation au discours féministe sex-positif aux ouvrages scientifiques ou historiques sur le sujet. Pour rappel, les Monologues du vagin ((ENSLER (Eve), The Vagina Monologues, Paris, Balland, 1999.)), qui pour le coup étaient une première dans le genre, ont été écrits dans les années nonante, et certains monologues parlaient déjà du clitoris ((La Nord-Américaine Eve Ensler écrit les Monologues du vagin en 1996. Ces monologues sont le résultat d’entretiens menés avec des femmes de tout âge et de toute origine à propos de leur vagin et a connu un immense succès mondial. La pièce est encore aujourd’hui régulièrement montée.)). Pourtant, malgré la pléthore d’informations fouillées et analytiques disponibles sur différents médias, Volcan ne fait qu’effleurer des évidences sur le ton de la révélation.

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    « Volcan » ne fait qu’effleurer des évidences sur le ton de la révélation.

    La scénographie est simple et laisse toute la place aux comédien.ne.s : plateau nu, coupé en deux dans le sens de la longueur par un rideau de fils, sur lequel seront parfois projetées des images. Les comédien.ne.s s’en servent pour faire des jeux de voilés-dévoilés. Une boîte rectangulaire à taille humaine, couverte de fausse fourrure noire, se balade dans cet espace manipulée par les acteur.rice.s. Il s’agit évidemment d’une métaphore du sexe féminin, toison noire voluptueuse ou boîte magique et secrète. L’ensemble est à la fois sensuel et neutre, à l’image du discours qui nous sera livré. En effet, Volcan, une histoire du clitoris est centré sur le côté ludique et joyeux de ce petit organe, le seul de l’anatomie humaine à être dévolu à cent pour cent au plaisir. Il semble être avant tout une source de plaisir et de tendresse.

    Je ne le nie pas : le clitoris est un petit organe vraiment sympa et cool et fun quand on prend le temps de s’y attarder. C’est un scandale qu’on ne le mentionne pas plus dans les cours d’éducation sexuelle, c’est une tristesse que certaines personnes – et non pas forcément des femmes, j’y reviendrai plus tard – ne le découvrent que très tardivement, c’est une honte de véhiculer encore l’idée que le coït est la seule manière de prendre du plaisir et de stigmatiser les personnes qui ne sont pas des adeptes de la pénétration. Alors faire un spectacle sur le clitoris qui met en avant le plaisir et la douceur qu’il peut procurer, pourquoi pas ?

    Là où ça coince, c’est que le spectacle n’est que sur ce ton, y compris dans la partie documentaire. Les comédien.ne.s vont de l’Antiquité au Moyen-âge, en passant par les XIXe et XXe siècles, les hystériques et les premiers discours de la psychanalyse. L’excision est même très brièvement évoquée dans une scène à la fin du spectacle, dans laquelle un texte poétique parle de la mère de la mère de la mère et de clitoris coupé. Or, aucun de ces discours n’est contextualisé.

    Si parfois on a l’impression que l’ironie est utilisée pour critiquer une anecdote, on n’en est jamais vraiment certain.e.s. Pour exemple, une scène sur les hystériques dans laquelle les comédien.ne.s expliquent brièvement qu’à une certaine époque, on pensait que l’hystérie venait d’un utérus vide. Par conséquent, les crises étaient soignées en stimulant le clitoris des femmes. C’est ainsi qu’est né le vibromasseur : les praticiens épuisés de masturber manuellement leurs patientes ont inventé cet objet bien pratique. Tout cela est livré sur le ton de l’humour potache.