Cinergie ne se présente plus. Véritable mine d’informations sur le cinéma belge, elle était une revue papier avant de devenir un site de référence pour tous les amateurs. Base de données incroyable, elle organise aussi de multiples manifestations, dont « Regard critique », atelier de critique cinématographique créé en partenariat avec Karoo, qui verra le jour à partir de septembre. Entretien avec Dimitra Bouras, rédactrice en chef et responsable du site.

Quel livre emporterez-vous cet été en vacances ? Pourquoi ?
Pain, éducation et liberté de Petros Markaris. J'aime beaucoup cette écriture, qui ne prétend pas être plus qu'un bon polar mais qui, en fait, est un portrait sociologique, économique et politique d'Athènes, de la Grèce et du monde d'aujourd'hui. De plus, les meurtres sont commis sur des fraudeurs fiscaux, des banquiers véreux et de pseudo-experts économistes. Délectable pour une gauchiste comme moi !

8j.PORTRAITS d'ETE_Dimitra Bouras livreQuel film retenez-vous de la saison qui vient de s'écouler ? Pourquoi ?
Images d'Adil El Arbi et Bilall Falah. Portrait juste d'une réalité bruxelloise qui dénonce une certaine injustice et les moyens mafieux dans des milieux insoupçonnés (presse), dont le rythme, en adéquation avec le récit, est soutenu.

Qui est/sont selon vous le(s) grand(s) réalisateur(s) belge(s) de demain? Pourquoi?
Du côté de ceux qui se créent tout doucement une place, je citerai Adil El Arbi et Bilall Falah, qui s'approprient des accents du langage des films d'action, percutants et directs, pour s'insurger contre des injustices et des inégalités sociales. J'attends avec impatience et curiosité Black, leur prochain film après Images. Il y a aussi Vania Leturcq, qui vient de sortir l'Année prochaine, un film d'adolescentes projetées avec rudesse dans le monde adulte. Deux rayons de soleil, deux filles déchirées, malmenées par la vie mais qui n'abandonneront pas. Vania aime jouer avec les contradictions, ses images sont lumineuses alors qu’elle raconte le sordide de la triste réalité…

Et du côté des réalisateurs déjà connus : Nabil Ben Yadir, Joachim Lafosse, Jaco Van Dormael et les frères Dardenne. À mon sens, ils ont tous quelque chose à dire et ils ont déjà capté ou maîtrisé un langage personnel fort. Par exemple, Nabil Ben Yadir allie humour et dérision, Joachim Lafosse, quant à lui, scrute l'âme humaine au scalpel ; Jaco Van Dormael veut tous les possibles sans devoir choisir, jusqu'à devenir Dieu, et les frères Dardenne ont pris la caméra à bras le corps comme l'individualisme qu'ils rejettent.

Quelle serait votre destination de vacances idéale ? Pourquoi ?
La Méditerranée : mer, soleil, temps de vivre, bons bouquins à portée de main, visite de villes qui ont une histoire. Parfums, odeurs, couleurs, saveurs... que j'aime.

Quels sont vos projets pour la rentrée ?
Je ne veux pas y penser tout de suite, j'ai trop de projets dans mes carnets. Professionnels : projections de films, organisation de rencontres, publications, etc. Privé : prendre le temps de visiter plus d'expos et d'aller plus souvent au théâtre. J'ai vu de belles choses cette année qui m'ont donné envie : Ondine aux Tanneurs et les Passions humaines au National, même Carmen au Martyrs.