La Cinéthèque idéale de Karoo, ce sont cent films à voir absolument ! Rythmée par l'érudition de Ciné-Phil RW et contrepointée par d'autres rédacteurs, elle démarre bien entendu par le chapitre 0 : la préhistoire.

 

L’ère du court/ultra-court métrage

Deux courts métrages inventifs et ambitieux, qui conjuguent l’envie de raconter une véritable histoire à un travail sur la manière d’y parvenir de manière décapante.

D’autres chefs-d’œuvre pionniers plébiscités par la critique ?

Sortie des usines Lumière (1895), l’Arroseur arrosé (1896) et l’Entrée du train en gare de la Ciotat (1895) des frères français Auguste et Louis Lumière, les créateurs du cinématographe, ne dépassent pas la minute et nous offrent de premiers pas du gag/burlesque ou du documentaire à caractère sociologique.

L’Assassinat du duc de Guise (André Calmettes, France, 1908, 17 minutes) constitue une incursion du nouvel art dans le registre historique.

En Angleterre, l’École de Brighton accomplit un travail innovant, inventant le genre des films de poursuite/chase films, premier développement du film d’action, mais aussi le montage dramatique (découpage en plans, gros plans, plans subjectifs).

 

Le coin des contrepoints

Daniel Mangano : Pour l’École de Brighton, The Big Swallow (1901) de J. Williamson présente, outre un gros plan extrême, un contraste-minute entre l’œil du caméraman et celui du spectateur, puisque le personnage qui refuse d’être filmé avale facétieusement opérateur et caméra. Constatons aussi la démarche radicalement opposée dès l’origine des frères Lumière et de Georges Méliès : les premiers ouvrent un filon plus tourné vers le réel (extérieurs, décors naturels, etc.) dans la mise en scène, tandis que le second s’oriente vers l’imaginaire, le théâtral, le spectaculaire (décors peints, escamotages, « effets spéciaux », etc.)

Thierry Van Wayenbergh : On a longtemps pensé que la Sortie des usines Lumière était un film purement documentaire. Que la caméra était placée un peu par hasard face à l’entrée du bâtiment. C’est faux. Il y a eu plusieurs répétitions, des essais avec un carrosse tiré par un cheval passant devant l’opérateur, pour donner davantage une illusion de mouvement. Bref, dès les premiers tours de manivelle, le cinéma était joué.

Thierry Defize : Avant l’aube cinématographique et ses Lumière, il y eut - notamment - Eadweard Muybridge (pseudonyme d’Edward James Muggeridge). En 1878, le célèbre photographe américain mit en place un dispositif complexe de vingt-quatre chambres photographiques aux fins de percer le mystère du cheval au galop. Il élaborera le génial zoopraxiscope, appareil qui reconstitue le mouvement à partir d’une succession rapide de phases arrêtées. Aujourd’hui encore, nous pouvons contempler avec émotion des micro-séquences chronophotographiques telles que le Galop de Sallie Gardner (1878), la course de la Chienne Maggie ou celle d’un impressionnant bison (1887). Sans oublier un homme (1884) et une femme (1887) nus montant et descendant respectivement des escaliers. Voir :

 

Who knows ?

Le terme film est inventé par l’… inventeur américain Thomas Edison.

La première salle de cinéma, à Londres, est dite Kinetoscope Parlor, la première caméra kinétographe (du grec, écriture du mouvement).

Alexandre Promio, un collaborateur des Lumière, anticipe le futur travelling en déplaçant sa caméra pour « reproduire à l’aide du cinéma mobile des objets immobiles ».