Kevin Servais est devenu photographe le jour où il l’a décidé. En vadrouille aux États-Unis, à courir les motels douteux et les routes, les longues routes et leurs lumières fantômes, avec six dollars en poche - sans rigoler.

Il est poignant Kévin, il n’a pas la main faible. Ses photos cognent sourdement. Son 50 mm, il le connait par coeur et tellement bien qu’il sait exactement te dire ce qu’il aura dans son champ : par exemple je sais exactement que ça ira du coin là du truc jusqu’au bout du fauteuil là. Je le sais. D’ailleurs je vais regarder. Tu vois, je sais que c’est comme ça.

© Kévin Servais.

 

© Kévin Servais.
© Kévin Servais.
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© Kévin Servais

C’est à force de regarder qu’il le sait. Survivance de la beat generation, c’est à Cassady qu’il a piqué sa machine à mêler la connerie la plus éclatante au génie le plus sombre. Il fait des cocktails avec ce qu’on voudrait probablement pas mettre dans un cocktail. Un jour, il vendra des pots de miel dans un jardin. En attendant, il a fabriqué une cité Inca pour des fourmis. Les fourmis n’ont pas voulu de sa cité, alors il s’est contenté de faire des toiles avec des fonds de tiroirs - mais quand même c’est fort.

© Kévin Servais.
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Parfois, il fait des collages sans le faire exprès. Bientôt il fera un film sans le faire exprès - des scénarios, il en pond dix à la minute. Aussi il sculpte et il installe : il installe comme quand on construit des autels dans sa chambre à six ans sauf qu’il en a vingt-huit et qu’il a de l’or rouge dans les doigts. Il y a quelques temps, il a escaladé une sculpture néo-classique dans un parc pour lui tendre un spinner jaune fluo. Ces derniers mois, il a joué au pirate sur un bateau qui traversait l’Atlantique, il a eu des semaines et des semaines pour ravaler ses idées avant de leur donner corps. Je pense qu’il va construire une fusée, en fait je le sais, il me l’a dit.

© Kévin Servais.