Karoo vous en parle depuis quelques semaines : la Belgique est l’invité d’honneur du Marché de la poésie de Paris. Bonne occasion, dans le cadre de ce focus sur la poésie, d’échanger quelques mots avec Pierre Vanderstappen, conseiller littéraire au Centre Wallonie-Bruxelles à Paris, histoire d’en savoir un peu plus.

Pierre Vanderstappen, y a-t-il une actualité particulière dans le petit monde de la poésie belge qui explique la mise à l’honneur au Marché de la poésie de Paris cette année ?
Cette invitation est due avant tout au talent de nos poètes. Elle est aussi le fruit de l’histoire et de notre présence depuis très longtemps, pour ne pas dire depuis le début, au Marché de la poésie de Paris.

D’année en année, il y a toujours, en alternance, un pays européen et un pays non-européen mis à l’honneur au Marché. Cela fait quelques années que le délégué général du Marché, Vincent Gimeno, nous proposait de devenir un jour cet invité d’honneur. Quant au président du Marché, Jacques Darras, on connaît son amour et sa connaissance de la poésie de notre pays.

Wallonie-Bruxelles avait donc des contacts avec les organisateurs mais c’est bien la Belgique entière qui est invitée, ce qui signifie que les tables rondes ou les soirées de lectures seront mixtes.

Il n’y a donc pas d’actualité particulière cette année mais, en fait, elle est riche chaque année. Un seul exemple : William Cliff vient de recevoir le prix Goncourt de poésie. La Belgique est bien une terre de poètes.

Quel regard portez-vous sur cette poésie belge ?
Du côté francophone, peut-être peut-on l’évoquer de la même manière que la littérature en général. Elle a évidemment des accents spécifiques, mais je ne pense pas qu’il faille absolument chercher des éléments fondamentalement différents de la littérature francophone en général.

Bien sûr, il y a tout de même quelques tendances : celle de l’oralité, avec Jean-Pierre Verheggen, avec des performeurs comme Laurence Vielle, Vincent Tholomé, Dominique Massaut et bien d’autres dont les textes sont écrits autant pour être dits que pour être lus, dont beaucoup sont publiés aux éditions maelstrÖm qui font un travail épatant. À côté de cette veine, il y a aussi des écritures beaucoup plus classiques comme la poésie de Guy Goffette ou celle de William Cliff, sans oublier des œuvres à l’écriture singulière comme celle de Werner Lambersy, par exemple.

Ce qui me frappe surtout dans cette poésie, c’est donc sa diversité, mais aussi sa qualité pour nombre de poètes. En concertation avec l’organisation du Marché — qui reste le décideur ultime — nous avons essayé d’équilibrer le programme et de faire honneur à toutes les facettes de notre poésie même si c’est difficile et parfois un peu cruel de faire des choix.

Puisque la Belgique est présente au Marché depuis le début, qu’est-ce qui change cette année ?
Être l’invité d’honneur offre évidemment une visibilité publique et médiatique plus importante, cela pique la curiosité des visiteurs. C’est une reconnaissance pour nos poètes de l’importance qu’ils ont et un signe fort de soutien envers nos poètes de la part de la Fédération Wallonie-Bruxelles, en premier lieu Wallonie-Bruxelles international. Cela légitime, dans notre paysage institutionnel, la place de la poésie : on y consacre du temps et de l’argent.

Mais, c’est vrai, le rendez-vous du Marché a toujours été important pour nous et, même sans être invités d’honneur, les Belges y ont toujours été bien reçus.

Du coup, cette année, ce titre d’invité d’honneur, c’est plus un coup de com, ou un coup commercial ?
Ni l’un ni l’autre exclusivement, c’est avant tout un coup culturel ! On espère attirer, au-delà des habitués du Marché, de nouveaux visiteurs vers notre poésie. Avec la Périphérie qui encadre le Marché sur une période de plus d’un mois, nous espérons capter l’attention d’un public moins familier avec la poésie.

© A. Oury

Ensuite, c’est aussi l’occasion de nouer des contacts avec des programmateurs et des acteurs du milieu de la poésie afin, pourquoi pas, d’organiser des choses dans le futur. Il faut noter que le Centre Wallonie-Bruxelles, dirigé par Anne Lenoir, qui programme toutes les disciplines artistiques, est identifié, dans le paysage parisien, comme un lieu de poésie.

Est-ce étonnant ? Pas vraiment, vu l’attention que le Centre a toujours accordée à la poésie. C’est un genre important pour la littérature de notre pays.

Que ne faudra-t-il pas rater, alors ?
Au Marché, chaque poète participe à une table ronde et fait une lecture. Si l’on suit toutes les tables rondes et toutes les lectures, on aura, je pense, un panorama assez complet, une belle première approche, de la poésie belge. Les soirées mixtes risquent d’être très intéressantes, d’autant plus que, même en Belgique, ce n’est pas si commun. Parmi les temps forts aussi, une lecture de William Cliff, tous les jours, d’une œuvre en progrès. Par ailleurs, nous sommes ravis de promouvoir des poètes moins connus, par exemple Véronique Daine et Anne Penders, pour ne parler que des femmes qui sont très présentes dans notre paysage poétique, ou la jeune génération programmée le 23 juin au Centre Wallonie-Bruxelles lors d’une carte blanche à Jacques Darras.