On part à la découverte de Greenless, nouvel OSNI1 de la scène parisienne : c’est pas du rap, c’est pas du rock, c’est du surf !

— Bon, je vais vous redemander vos noms...
— Il y a Mathias, aka Dux. Vous avez tous des blazes ?
— Ouais !
— Moi, c’est Julien, aka Djoko, aka Skez...
— Djoko, donc ?
— Dans la conversation, on peut l’appeler Skez à tout moment.
— Et puis, il y a Damien, aka Archi mais on l’appelle Dam. Damn !
— Et il manque Petpet...

C’est dans un (très) petit appartement parisien transformé en studio que Greenless se rencontre pour travailler leur musique et boire quelques bières. Le sol du salon est plein de câbles et dans les coins sont rangés plusieurs instruments de musique. Je pose mon carnet sur la table où se trouvent déjà une bouteille de bière, la mienne, et un cendrier. Le groupe est assis devant moi, souriant et de bonne humeur malgré la pluie d’automne qui bat les carreaux. J’allume mon enregistreur.

Rencontrés lors de leurs études supérieures, Skez et Dam décident sur une idée d’un soir de faire un groupe de rap sans avoir aucun background de ce genre.

Au début, on écrivait beaucoup de conneries. Beaucoup de cul et de truc what the fuck.

greenless-tournage-1Le groupe n’avait pas de nom au départ mais un concept : la couleur. Le groupe décidait d’une couleur plutôt que d’un nom mais forcé par les problèmes d’affiches, ils choisissent une couleur, le vert, et un nom, Greenless. Ce rapport au visuel, le groupe va le garder jusqu’à aujourd’hui dans leur travail dans leurs clips et leur cover. Leur musique n’est pas encore très définie, ils optent pour l’éclectisme et l’exploration.

Ils sortent un EP en 2014 et leur premier album Qu’est-ce que c’est ? en 2016 après avoir recruté trois membres en plus (Petpet et Nix à la guitare et Dux au mastering). Quand on leur parle de leur album, ils utilisent le passé. « Il est figé dans le temps » me dit Dam. Quand tu sors un album, c’est un objet mort, il ne va plus évoluer. »

L’album est une évolution de l’EP : le groupe a testé les morceaux sur des tremplins et des scènes ouvertes afin de roder leur musique et la cohésion de leur groupe. Avec l’agrandissement de l’équipe, les choses se sont faites au fur et à mesure à coups de tâtonnements, d’apprentissages et de questionnements. Les concerts ont servi à l’évolution de la musique, et peu de morceaux de l’EP ont finalement survécu à ce premier écrémage.

Qu’est-ce que c’est ?

C’est pas du rap, c’est pas du rock : Greenless définit sa musique comme du surf « parce qu’il fallait un nom ». Pas de formalisme, les choses sont claires, le groupe ne s’intéresse que peu aux classements chers aux journalistes et aficionados. Les genres sont plus des outils qu’ils utilisent dans leur processus créatif.

L’idée était d’utiliser l’outil du rap et d’en faire un autre genre de musique.

Chaque morceau amène l’auditeur à se poser des questions sur la vie, sur les choses, l’art en lui-même. L’album est une question en lui-même (avec comme image sur la cover un grand point d’interrogation). Décalage entre ce que me dit le groupe et la légèreté absurde avec laquelle ils jouent dans leurs clips, ils n’ont pas le look du café-philo du XIe. « Il faut tout le temps être décalé de ouf, me dit le groupe, faire quelque chose qui surprend l’auditeur. »

Cette logique est d’ailleurs illustrée dans leur dernier clip la Scène, morceau sur les dérives du succès.

Quand on leur parle d’art, les membres de Greenless parlent sérieusement et définissent la vie comme une création artistique quasi divine et abordent la transcendance comme forme de création. L’art en tant que concept de création tient une place presque divine dans leurs réflexions et leur création. Il serait la plus grande question de l’Humanité mais dans une logique dada, Greenless veut répondre à cette question de façon absurde en la démystifiant, en la retirant des discussions solennelles à l’image du clip de la Scène.

Je suis extrêmement croyant mais dans ma propre religion, dans l’art et la musique. Sur un rapport très mathématique.

En France, où le rapport à Dieu est très particulier, ils parlent ouvertement de leur rapport à l’Art dans l’Art de vivre, morceau acoustique plus doux que le reste de l’album, comme une confession à l’auditeur. « Créer, c’est avoir un respect très grand pour la vie », me dit Archi.

Vivre dieu chaque jour, ce n’est pas tenir un chapelet ou faire des prières. C’est le sentir. C’est l’Art de vivre. Vivre ? mais qu’est-ce que c’est ? Encore cette question, Greenless en fait une obsession.

Des questions, Greenless s’en est beaucoup posé pendant la réalisation de l’album. L’écrémage des morceaux de l’EP, l’arrivée des nouveaux membres, les concerts, les sons du groupe ont commencé à changer peu à peu et le groupe a gagné en maturité. L’enregistrement de l’album a pris un an car le groupe s’est lancé dans l’aventure ardue de l’autoproduction et a dû prendre en main les outils nécessaires.

C’est à l’été 2016 que le groupe a senti qu’il était nécessaire de sortir l’album afin de passer à d’autre projets. « Il fallait clôturer pour passer à la suite, disent-il. On s’est enfermés une semaine en dehors de Paris pour finaliser le mastering. »

En septembre, le groupe sort son album. Les débuts sont difficiles car sans label, sans manager, la communication n’est pas simple dans les vagues de nouvelles créations quotidiennes. Greenless mise beaucoup sur les clips pour donner vie au projet et toucher plus de gens, notamment avec des morceaux inédits comme Politique qui n’est pas inclus dans l’album. Ils gardent leur attachement au visuel de leurs débuts : la création pour eux est un processus entier et pas nécessairement réservé à une discipline.

Le groupe a des inspirations diverses mais rarement musicales. Dam s’inspire de physique quantique et d’astrophysique, Dux des émotions qu’il ressent, Djoko de Dali… Ils s’accordent quand même à dire qu’Odezenne est un groupe qu’ils admirent car « émotionnellement, ils sont forts ».

Mais, qu’est-ce que c’est ?

Greenless est un groupe jeune et de jeunes et ça se ressent dans leurs morceaux. C’est insouciant, léger et frais : un album lumineux et sympathique. Peut-être trop linéaire, Qu’est-ce que c’est ? est un premier album qui ne doit pas rester tel quel mais être augmenté par les clips, des concerts, voire un second album. Le groupe trouve réellement sa fibre dans la multiplication des supports. Qu’est-ce que c’est ? ne peut avoir une réponse uniquement musicale.

http://greenless.bandcamp.com

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Qu'est-ce que c'est ? Greenless Spinnup 2016

  1. Objet sonore non identifié.