Le collectif Ébullition Théâtre et l’asbl Siréas proposent un voyage insolite sur le thème des identités multiples. Je me suis lancée dans l’aventure et j’ai profité du fait que j’étais en stage au sein de l’asbl Indications pour proposer à Karoo mes impressions sur ce processus créatif.

La mise en scène, insufflée par Géraldine Bogaert, sera, entre autres, composée de techniques inspirées du Théâtre de l’Opprimé que l’on doit à Augusto Boal. Un projet ouvert à tout individu intéressé par l’idée de participer à une création collective autour de ce thème. L’une des valeurs fortes défendue par ce style théâtral est que tout le monde peut faire du théâtre. Une création qui se déroule à raison de douze journées d’atelier durant lesquelles le groupe sera confronté aux innombrables questions que soulève l’identité. Avec nous, Louis Theillier, dessinateur qui participe à la création en l’adaptant également en BD.

C’est un travail collectif dont la matière émerge des temps forts et symboliquement révélateurs qui ressortiront de l’atelier. La première journée s’est déroulée dans des conditions un peu rudes,  la grande vague de froid ayant provoqué un problème de chauffage qui n’a pu être anticipé. Nous étions tous emmitouflés pour entrer ; malgré cela, en contact les uns les autres. Des conditions particulières forçant chacun à se dépasser et qui n’auront finalement, eu comme conséquences ; qu’un renforcement du sentiment de solidarité d’un groupe naissant, entraînant davantage de motivations pour les jours à venir. Les organisatrices du projet ont fini par trouver une autre salle pour travailler. Les deux journées qui ont suivi ont constitué les prémices d’une mosaïque humaine en cours de modelage ; ce qui suit en est le souvenir que je m’en suis fait.

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Une palette d’identités dans les mains de Géraldine Bogaert pour créer une œuvre vivante. Dessin © Louis Theillier.

Chacun, portant son histoire comme unique accessoire, comprend peu à peu qu’il faudra dévoiler son identité aux autres, à un public mais aussi à soi-même. Une palette d’identités dans les mains de Géraldine Bogaert pour créer une œuvre vivante. Un chœur et ses pulsations rythmées par des corps mouvants, symétriques, créant un relief émotionnel intense. Les exercices sont denses. Le plateau s’équilibre de gestuelles ; il devient une partition sur laquelle des notes s’amusent avec le rythme et la synchronisation, créant ainsi une musicalité dont l’écoute est impulsive et instinctive. Nous pénétrons lentement dans les profondeurs d’un imaginaire collectif. Nous nous collons chacun quatre étiquettes sur le corps sur lesquelles sont écrits des traits de notre identité. Sans dire un mot, chacun se promène dans la pièce et se découvre. L’énergie de la curiosité commence à bouillir. Nous découvrons peu à peu les représentations de l’identité des uns des autres et ce qu’elles nous renvoient à nous-mêmes. Une ébullition que la metteur en scène exploite ensuite, demandant au groupe de composer un poème gestuel puis un poème écrit tirés des quatre traits choisis, laissant peu de temps à la réflexion : « Qu’est-ce qui ressort de moi quand je ne réfléchis pas sur ce que je vais dire ? »

La question de l’identité commence à faire son chemin en moi : l’identité ne peut se limiter qu’à notre lignée et notre origine. L’ouverture des frontières, la découverte du monde, cela ne se fait-il pas à partir du corps par un travail de densité intérieur ? Puisque nous naissons dorés, engagés pour vivre et survivre, nourris au sein d’une mère Culture ; son langage et ses codes nous éprouvent d’expériences, les mécanismes émotionnels entrent dans la cadence et les opinions, les croyances émergent. Nous ne ressentons pas la même chose lorsque nous vivons chez nous que lorsque nous vivons en voyage, en tout ce qui nous est étranger, en différentes demeures culturelles. L’identité n’est en rien figée ; elle est en perpétuel mouvement. Du moins ne devrait-on pas se la représenter ainsi ?

Des familles de réponses se créent à des questions qui fusent comme des artifices en feu : « Ceux qui pensent que… à droite et ceux qui pensent que… à gauche ». Peu à peu, à travers ce processus d’unité, nous nous surprenons à imiter et à se coordonner des gestes qui correspondent à la culture : « Marcher comme un prof, un japonais, un réfugié, etc. » C’est une ode aux clichés que l’on caricature, grossis, pour enfin les incarner dans certaines vérités qui, certes nous échappent, mais flottent quelque part en nous. Trois jours qui se terminent avec une inspiration féconde dans les regards de chacun.

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Le spectacle se tiendra le 24 mars 2017 à la Maison de la Création de Laeken Le rendez-vous est à 20h.