Esthétique d’une autre culture, le design polonais « déjanté » étonne l’air de rien à Bruxelles. L’exposition Crazy Polish Communist-inspired Design nous offre de penser l’influence du communisme dans ses aspects les plus quotidiens.

Place Sainte-Catherine, promenade vers les bars du centre — elles détonnent à peine : trois structures en bois et verre illuminées de l’intérieur, comme des maisons dont on regarderait le décor par la fenêtre. À l’intérieur, quelques sièges, des tapis, des objets de la vie de tous les jours.

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Prenons ce tapis, sans doute fait de deux couches d’une espèce de feutre : la forme d’une voi-ture découpée à intervalles réguliers dans l’une des deux épaisseurs. Dans un sac, de petites voitures colorées de même taille, en feutre également. En tant que tapis, il permet bien sûr de cacher votre hideux carrelage années 1920 et d’isoler la pièce. Mais sur celui-ci, vous pouvez en outre laisser votre enfant jouer calmement pendant que vous préparez le repas et même re-mettre à plus tard le rangement des petites voitures, leur éparpillement servant l’esthétique de l’ensemble. Voilà une carpette étonnamment multifonction. Les tapisseries persanes tissées main au XIXe siècle de votre cousin germain n’en permettaient peut-être pas tant.

Une scénographie urbaine, discrète et subtile

C’est précisément par la façon d’exposer ce tapis (dans un « box » surgissant dans l’espace urbain) que Crazy Polish Communist-inspired Design permet cette réflexion. L’exposition présente le travail de designers contemporains n’ayant pas nécessairement grandi sous le régime communiste mais ayant toutefois été imprégnés des traces qu’il a laissées dans la vie des gens.

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L’idée de disposer discrètement à la vue du public quelques pièces intrigantes est particulièrement intéressante. Elle autorise à la fois la curiosité et la nonchalance, la réflexion et l’intérêt esthétique. Cette ouverture est d’autant mieux venue que le communisme est pour nous un bien grand mot, qui ne va pas sans jugement de valeur. Le fait qu’aucune allusion au communisme ne figure autour des box, qu’ils ne soient accompagnés d’aucune explication, permet d’oublier son influence et de se concentrer sur les objets présentés.

Une inspiration communiste à peine suggérée

Aujourd’hui, qui pense design pense parfois à un magnifique verre lourdement bombé, parfait pour l’œil mais impossible à poser sur une table sans risquer de lui faire perdre l’équilibre, ou à la chaise de forme absconse dont on se demande comment il est encore possible de s’asseoir dessus. Le beau, en somme, n’est pas toujours pratique. Pourtant, le design s’inscrit avant tout dans la conception (to design : dessiner, concevoir), un travail préalable à la réalisation d’un objet. C’est une réflexion portée sur ses aspects améliorables, en termes d’usage comme d’esthétique.

L’exposition Crazy Polish Communist-inspired Design nous rappelle donc bien que le design est avant tout fonctionnel. Il est esthétique certes, mais aussi abordable et quotidien, et c’est ce qu’on retient des objets exposés.

Ainsi, l’absence de notes et de contexte sont peut-être justement le meilleur moyen d’encadrer cette exposition. C’est avant tout parce que nous n’en connaissons pas l’histoire que nous comprenons la raison d’être de ce que nous voyons. Au lieu de relier spontanément le côté utile et éthéré des objets exposés à un régime contextualisé, nous le prenons pour ce qu’il est au moins autant, l’attention portée à la réalisation d’un objet pratique.

Ceci est d’autant plus vrai que tout le monde peut tomber par hasard sur un de ces box, disposés par groupes thématiques dans plusieurs places de la ville. Devant le parlement européen, square Marie-Louise et rue du Vieux-Marché-aux-Grains, on les croise sans vraiment s’en apercevoir. Cette scénographie offre au spectateur une liberté d’aborder la culture que ne permettent pas les musées.

L’exposition sera visible à toute heure jusqu’à la fin du mois de septembre square Marie-Louise, devant le parlement européen et au croisement des rues du Vieux-Marché-aux-Grains et Antoine-Dansaert.

Plus d’infos sur l’événement et les exposants ici.

En savoir plus...

Crazy Polish Communist-inspired Design Du 9 au 30 septembre. Emplacement des boîtes : Rue du Vieux Marché aux Grain/rue Antoine Dansaert, 1000 Bruxelles Square Marie-Louise 2, 1000 Bruxelles Place devant le Parlement Européen (Place de Solidarité, entre Place du Luxembourg)