Jusqu’au 29 avril, à BOZAR, le photographe Dirk Braeckman exposait ses photographies, une vingtaine de tirages de taille monumentale (120x180cm), précédemment présentées à la dernière Biennale de Venise.

Dirk Braeckman, c’est ce photographe qui fait de chacun de ses tirages un tableau unique. Se destinant originellement à une carrière d’artiste peintre, mais séduit par l’art photographique lors de ses études supérieures, le gantois est constamment influencé dans sa pratique par l’histoire de l’art pictural.

P.K. S.I. 16 - 1 (c) Dirk Braeckman, Courtesy of Zeno X Gallery, Antwerp

La photographie de Braeckman, qui pratique l’argentique, est caractérisée par l’abondance de basses lumières et un faible contraste-sujet. Comme dans l’obscurité totale, la distinction des détails les plus fins des «tableaux » nécessite un temps d’adaptation de quelques minutes.

L’art de Braeckman est empreint d’une esthétique néo-pictorialiste. Originellement, le courant photographique du pictorialisme naît, à la fin du 19e siècle, de la volonté qu’ont les classes sociales aisées, amatrices de photographie, de se démarquer de l’industrie des studios de portraits, trop populaire à leur goût. Les pictorialistes, comme Léonard Misonne, Gustave Marissiaux ou Frantisek Drtikol, se tournent vers une photographie de flou, de paysages embrumés d’ambiance impressionniste.  Les néo-pictorialistes, quant à eux, sont les photographes qui, à l’instar de Braeckman, jouent à faire disparaître la frontière entre art pictural et photographie. Chaque image du photographe belge semble en effet avoir été dessinée au fusain.

Le regard de Braeckman mystifie les coins sombres, les pans de murs, le modelé des tissus et les jambes élancées des corps féminins. Mieux vaut cependant veiller à rester à une dizaine de mètres de distance des photographies pour profiter pleinement des «tableaux’ » de Braeckman : à moins de cinq mètres, les retouches deviennent désagréablement  visibles. Avec des tirages de cette taille, difficile de cacher les imperfections des négatifs dans la pratique pure de l’argentique, où Photoshop est remplacé par des pointillés d’encre noire réalisés à la main.

Parmi des noir et blanc, deux tirages couleurs semblaient perdus et troublaient la cohérence esthétique de l’exposition.

Les œuvres présentées au BOZAR étaient complétées par une seconde exposition au Musée M de Leuven consacrée à des clichés plus récents du photographe.

Toujours est-il que la monumentalité des tirages, l’architecture froide de BOZAR et les sujets privilégiés par Braeckman cultivent un aspect pompeux et m’ont laissée de marbre. Braeckman est certes un grand plasticien et un expérimentateur passionné mais son exposition n’a pas fait naître en moi la moindre étincelle d’enthousiasme. Avec un billet d’entrée à 8 euros et des traductions très approximatives des cartels d’introduction de l’exposition, BOZAR hésite parfois à choyer ses visiteurs...