Pour la conclusion de ce focus sur la photographie documentaire, voici quelques suggestions d’expositions pour vivre l’été les yeux grand ouverts.

Arles (France), Rencontres Photographiques d’Arles, Alys Tomlinson - Ex-Voto

Aux Rencontres Photographiques d’Arles, entre la rétrospective Agnès Varda et l’exposition dédiée au photographe humaniste Willy Ronis, on découvre Ex-Voto (Les Fidèles) de la photographe anglaise Alys Tomlinson. En parallèle de son master en Anthropologie du Voyage, Tourisme et Pèlerinage, la photographe a construit un corpus d’images réalisées à la chambre photographique. Explorant les lieux de pèlerinages en Irlande, en Pologne et dans le sud de la France, Tomlinson tire le portrait de pèlerins et observe les détails de ces paysages mythologiques. Ex-Voto est une fresque anthropologique de la foi qui s’interroge sur le sacré et archive son territoire là où les pierres et les arbres semblent animés.

Alys Tomlinson, Sans titre, série Vera (2018). Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de HackelBury Fine Art, London

Budapest (Hongrie), Robert Capa Photographic Center, Jacques Henri-Lartigue - Life in Color

On ne compte plus les artistes hongrois qui ont marqué l'histoire de la photographie (László Moholy-Nagy, André Kertész, Brassaï, Martin Munkácsi...). Le Robert Capa Photographic Center de Budapest, à quelques pas du quartier juif, abrite une collection de tirages d’images de l’iconique photographe de guerre hongrois Robert Capa. Cet été, en plus de l’exposition permanente d’images argentiques en noir et blanc signées par le célèbre photojournaliste, le centre accueillera les images en couleur de Jacques Henri-Lartigue.

Jacques Henri Lartigue, Sylvana Empain, Juan-les-Pins, France, 1960. © Ministère de la Culture France/ Association des Amis de Jacques Henri Lartigue, France

Le photographe français a commencé cette pratique lorsqu’il était encore enfant. Il photographiait ainsi sur plaques de verre le quotidien des classes françaises aisées. C’est en 1963, lors d’une exposition au MoMA, que le photographe de 69 ans sera finalement reconnu. En effet, les 120.000 clichés qu’il a accumulés représentent un trésor d’archives qui témoigne des loisirs du XXe siècle.

L’exposition, qui a déjà fait escale à la Maison Européenne de la Photographie et au FOAM (Musée de la Photographie d’Amsterdam), est une valeur sûre !

Paris (France), Jeu de Paume, Sally Mann - Mille et un passages

À Paris, c’est à Sally Mann que le Jeu de Paume consacre une rétrospective estivale. Les images de la photographe américaine, originaire de Virginie, sont imprégnées d’une réelle affection pour les terres du Sud. L’artiste, qui compte déjà plus de quarante ans de carrière, sublime en effet les paysages avec sa chambre photographique. Les âmes se font fantomatiques, tantôt picturales, tantôt troublantes. Les portraits de ses enfants avaient soulevés les passions en 1992, lorsque ceux-ci et leurs humeurs avaient été jugées trop sexualisées. Sally Mann dresse une topographie de la famille et du territoire grâce à des images hypnotisantes ne laissant personne indifférent.

The Turn, 2005, Sally Mann. Gelatin silver print. Private collection. © Sally Mann

Charleroi (Belgique), Musée de la Photographie de Charleroi, Roman-Photo

Au Musée de la Photographie de Charleroi, une exposition venant tout droit du Mucem de Marseille prendra ses quartiers cet été. Consacrée au roman-photo, moqué par l’élite, l’exposition propose une relecture chronologique de ce genre photographique d’après-guerre, originaire d’Italie. Le roman-photo devient ici un trésor, objet de l’engouement des classes populaires de la fin du XXe siècle. L’exposition, qui place ces feuilletons mélodramatiques et humoristiques en vitrine, témoigne de l’âge d’or du capitalisme. Elle porte un regard analytique sur le succès révélateur de ces petites architectures narratives et remet en question les catégories des beaux-arts.

« Il Giorno dell'odio », Bolero film, 1962 - 1963, Collection Fondazione Arnoldo e Alberto Mondadori, Milan. ©Arnoldo Mondadori editore/DR

À l’heure où les années ‘80 sont au coeur de la tendance, cette exposition pleine d’auto-dérision signe peut-être le commencement d’un regain d’enthousiasme pour ces corpus photographiques oubliés au grenier.