À la 56e édition de la Biennale d’art internationale de Venise, la Belgique présente un projet autour de la thématique du post-colonialisme, « Personne et les Autres » . Historiciste, engagée, cette exposition cohérente est dirigée par Vincent Meessen avec une dizaine d’artistes du monde entier dont, pour la première fois dans le pavillon belge, des artistes africains.

Sur les bords de la Lagune, à quelques pas de la célébrissime piazza San Marco, dans les paisibles Giardini, s’érigent les pavillons nationaux de la Biennale de Venise. Les surprises et les multiples contrastes sont au rendez-vous dans ces différents pavillons aux ambiances aussi diversifiées que les couleurs de la verrerie de Murano. L’impertinence de la Grande-Bretagne avec ses sculptures phalliques et provocantes côtoie la quiétude de la France et son installation organique et méditative signée Céleste Boursier-Mougenot. Certaines nations ont privilégié le politique comme la Serbie et ses tas de drapeaux boueux évoquant les grandes révolutions. D’autres ont plutôt misé sur l’onirisme comme le Japon et son immersion dans un monde vermeil parsemé de centaines de clés : un rêve dans cet autre rêve qu’est Venise.

Vincent-Meessen. Photo © Jean Pierre Stoop.
Vincent Meessen. Photo © Jean Pierre Stoop.

À côté de celui de l’Espagne, le pavillon belge, construit sous Léopold II, abrite l’œuvre engagée de Vincent Meessen et de ses collaborateurs. Dès l’entrée, une sculpture macabre en os choque le spectateur, lui imposant directement la vision d’un Congo lugubre et dépouillé. Dans la grande pièce centrale, les murs sont recouverts de photos en noir et blanc. Elles évoquent le passé, l’indépendance comme la photo de Baudouin et de Kasavubu lors du défilé de l’indépendance en 1960 ou encore le présent et les bidonvilles congolais. À droite de la grande salle, l’installation futuriste Negative Space : A Scenario Generator for Clandestine Building in Africa de l’artiste zimbabwéen James Beckett s’offre à nous comme une machine infernale d’un urbanisme international.

One.Two. Three., l’œuvre principale du pavillon signée Vincent Meessen, est une installation vidéo ayant pour thème le réenregistrement d’une chanson d’un étudiant congolais de gauche contestataire. L’auteur de la chanson explique le contexte politique du Congo dans les années 1960, le Mai 68 africain, la contestation à Mobutu. Si le titre du pavillon, « Personne et les autres », vient d’un texte perdu d’André Frankin, un critique d’art belge situationniste, c’est parce que l’Internationale situationniste a eu une grande importance dans l’esprit révolutionnaire congolais. En effet, « Death to the power, Power is slavery », le refrain en kikongo de la chanson étudiante, s’inscrit parfaitement, comme le dit son auteur, dans ce mouvement contestataire et utopique. Cette interview est entrecoupée par les errances des musiciennes, chacune marchant en jouant, sans jamais se croiser. D’ailleurs, ce studio délabré n’est autre que le Un, Deux, Trois fondé par Franco Luambo, chanteur du OK Jazz, symbole mythique de la culture zaïroise sous Mobutu.

Le lien historique qui unit la Belgique au Congo n’a donc pas fini de fasciner les artistes. Déjà en 2001, Luc Tuymans avait exposé à la Biennale de Venise Mwana Kitoko, un hommage à Lumumba, le martyr congolais. Grâce à l’art, l’histoire reprend de la consistance, nous touche. Vincent Meessen nous rappelle, au cœur de la Sérénissime, sous une rumba africaine, que « le passé est plein de devenir ».