Depuis le 17 mars dernier et jusqu’au 11 juin, le musée de la Boverie à Liège accueille sa deuxième exposition événement (sur quatre expositions accueillies) : Révolution bande dessinée !

L'exposition présente pas loin de 320 planches issues pour la plupart de la collection privée d’Édouard Leclerc, homme d’affaires français plus connu pour ses supermarchés que pour son amour de la bande dessinée engagée. Pourtant, cette passion ne date pas d'hier et cette collection, il l'a débutée depuis plusieurs dizaines d'années (notamment lors des éditions du célèbre festival d'Angoulême dont il a été un précieux mécène pendant plus de quinze ans).

On y retrouve donc des planches originales de monstres sacrés de la bande dessinée tels que Schuiten, Moebius, Tardi, Pratt, Sokal, De Moor, Chaland, Boucq et de nombreux autres qui ne sont pas moins connus, mais dont l'énumération égarerait le véritable intérêt de cette exposition dans un magma de noms célèbres. Car si ces artistes sont devenus aussi fameux, c'est parce qu'ils ont été les fers de lance des deux magazines qui ont permis de faire passer la bande dessinée du statut de « divertissement pour petits et grands de 7 à 77 ans » au statut de bande dessinée adulte : Métal hurlant et (À suivre).

Pour comprendre l'impact de ces revues (et par ricochet de ces dessinateurs-artistes), il faut d'abord en resituer le contexte. Créées respectivement en 1975 et 1978, elles sont nées sur les cendres de Mai 68, à une époque où la vision sur la bande dessinée était en train de changer et où de nombreux amateurs et « professionnels de la profession » cherchaient un nouveau style, un nouveau ton, une nouvelle liberté. Et pendant près de vingt ans, les deux magazines ont véritablement révolutionné le genre en prônant une totale diversité : que ce soit dans les thèmes abordés, les époques illustrées et les styles graphiques utilisés. Si aucun des deux n’a survécu aux années 1990, il est indéniable qu’ils ont permis au paysage de la bande dessinée franco-belge de basculer dans l’âge adulte.

Parmi les dessinateurs qui sont exposés à la Boverie, on retrouve bien évidemment ceux qui ont officié au sein de Métal hurlant et (À suivre), mais la ville de Liège, qui s’est jointe à l’exposition d’origine, présente en préambule une série de planches originales issues de ses propres collections ! On peut donc y admirer des planches d’albums de Tintin, de Blake et Mortimer, Gil Jourdan, Gaston Lagaffe, Lucky Luke, Tif et Tondu et d’autres séries tout aussi célèbres.

L’exposition est disposée de manière à offrir au visiteur non pas une, non pas deux, mais bien trois clés de lecture sur la révolution du paysage du neuvième art qu’ont engendré Métal hurlant et (À suivre). Ainsi, il est possible de visiter l’exposition en confrontant directement les deux magazines, mais il n’est pas interdit de l’aborder comme une succession d’artistes ou encore de suivre la chronologie, tout simplement.

Il ne serait pas correct de passer sous silence le lieu qui accueille Révolution BD. Bâti sur les restes fumants du musée d’Art moderne et contemporain, la Boverie a ouvert ses portes en mai 2016, après une remise à neuf qui s’imposait. Elle a déjà accueilli quatre expositions (celle-ci incluse) dont 21 rue de la Boétie, exposition itinérante et véritable événement que tous les musées auraient rêvé de voir en leurs murs. Un musée qui a donc su non seulement se rajeunir, mais a également à cœur d’élaborer une programmation diversifiée avec intelligence et bon goût.

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Révolution bande dessinée

La Boverie, du 17 mars au 11 juin 2017