Quand j’ai commencé à étudier la physique, en particulier la mécanique et les trois lois fondamentales de la dynamique, une question m’a tout à coup traversé la tête : est-il vraiment possible que l’homme araignée puisse marcher vraiment sur les murs et être aussi fort et résistant ?

Le lendemain, juste à la fin du cours sur la troisième loi, mieux connue sous le nom de « principe des actions réciproques ou mutuelles »1, mon professeur a terminé en disant : « Et donc voilà pourquoi Superman ne peut pas exister. »

Tragédie ! Anéanties, ma vie et celle des millions de personnes qui, même s’ils le nient, ont vécu secrètement dans ce monde parallèle où s’affrontent Superman, l’homme-araignée et leur puissants ennemis ! C’était la fin pour tous les passionnés de comics et de super-héros !

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Aujourd’hui encore, je passe beaucoup de temps à lire leurs histoires, à vouloir connaître leurs secrets, leurs doutes existentiels, à me plonger dans la lutte infinie du bien contre le mal dans un scénario où se décide à chaque fois le destin du monde, de l’univers et même de plusieurs univers et dimensions qui souvent coexistent. Mais malheureusement, ces personnages « fantastiques et merveilleux » rencontrent de sérieux problèmes de cohérence face à la science, en particulier la physique, et cela nuit gravement à leur… existence.

Dans notre ring imaginaire, côté gauche, on a la science, l’intelligence, l’esprit de Newton et de plusieurs scientifiques qui vivent dans notre petite dimension réelle ; côté droit, nos super-héros adorés, leurs super-pouvoirs et leur monde d’imagination : qui gagnera ?

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Voici le champion de la science, Sir Isaac Newton (1642-1727) : physicien, philosophe, théologien, inventeur, alchimiste, mathématicien et astronome anglais, il a fait avancer la science dans plus d’un domaine. Par exemple, c’est lui qui a découvert les lois de la mécanique et du mouvement, formulé la loi de la gravitation universelle, étudié et montré la décomposition de la lumière en différentes couleurs. Il a fait de nombreuses découvertes en algèbre et en géométrie et a inventé le calcul différentiel2. À Cambridge, il a même inventé la chatière pour faire entrer et sortir son chat qui, autrement, l’obligeait à interrompre ses études et ses expériences en griffant à la porte de son labo !

La deuxième loi de Newton (ou de la dynamique) dit simplement que la force totale appliquée à un corps par un agent externe est égale au produit de la masse du corps fois son accélération :
F = M x A. Donc plus on pousse un corps avec force, plus la variation de vitesse qui en découle est grande étant donné que la masse est une constante du corps. Prenons un homme de cent kilos. En imaginant qu’il puisse soulever son poids, puisque cette capacité dépend de l’accélération gravitationnelle3, sur la Lune, où la gravité est six fois moins forte que sur Terre, cela signifie que notre homme serait capable de soulever six cents kilos.

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Sur Terre, Superman, ou l’homme d’acier alias Clark Kent, peut soulever sans problème un avion ou une locomotive, soit (pour une locomotive) plus ou moins mille fois le poids d’un être humain. Sachant que sur sa planète d’origine (Kripton), Superman est une personne normale, on peut en déduire que la gravité y est mille fois plus intense que sur Terre, et que donc… Kripton n’existe pas : ses caractéristiques seraient alors plus proches de ce qu’on appelle une « étoile à neutrons ». De plus, la seule possibilité pour que notre homme d’acier soit réellement invulnérable, ce serait d’être fait d’un fluide non-newtonien, un type de fluide qui présente des propriétés différentes selon la force avec laquelle on le touche : si on se place sur un tel fluide, on tombe dedans, mais si on saute dessus, par contre, il devient rigide et nous soutient4.

Donc, si une balle frappe Superman, elle rebondit, mais si l’on s’appuie sur lui, on tombe de l’autre côté ! Grâce à la deuxième loi de Newton, toujours, on peut calculer que si Spider-Man, ou l’homme-araignée alias Peter Parker, essaie d’attraper avec sa toile quelqu’un qui tombe d’une hauteur de cent mètres, il le cassera en mille morceaux à cause de la brusque diminution de vitesse ; même problème pour l’homme d’acier quand il rattrape un homme ou une femme en chute libre à la dernière minute.

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L’homme-élastique (M. Fantastique, alias Reed Richards), scientifique génial, chef des 4 Fantastiques, sait forcément que tous les matériaux ont une limite d’élasticité, ainsi que nous l’apprend la loi de l’élasticité ou « loi de Hooke »5 : l’allongement est proportionnel à la force, jusqu’à un allongement maximal qui définit la limite d’élasticité. Si l’on applique une tension qui dépasse cette limite à un matériau, celui-ci subira des déformations permanentes et ne parviendra plus à retrouver sa configuration initiale dès l’instant où la tension cesse. Un matériau ne peut pas être élastique à l’infini à cause des interactions entre les atomes et groupes d’atomes qui le constituent. Quant à Johnny, la torche humaine (des 4 Fantastiques), son problème le plus évident est de type biologique : son métabolisme serait impossible. Pour maintenir les flammes qui l’enveloppent, il devrait consommer des tonnes de nourriture. Sue, la femme invisible, serait aveugle parce que si la lumière peut la traverser, elle traverse aussi ses yeux. Le corps de pierre de Ben, la « Chose », l’empêcherait de respirer. Ses poumons ne pourraient pas se dilater, son cœur ne se contracterait pas et le frottement de ses muscles entre eux éroderait son corps. Il souffrirait en somme de problèmes opposés à ceux de l’homme élastique : incapable de bouger, il ne pourrait pas parler non plus à cause de ses cordes vocales trop rigides pour vibrer ou qui vibreraient du moins à des fréquences trop élevées pour que les humains les perçoivent (quoique les chiens le pussent). Cyclope, des X-Men, possède des yeux capables de générer de puissantes rafales d’énergie, mais selon la troisième loi de la dynamique, il devrait alors reculer en même temps de plusieurs kilomètres. Cette troisième loi est la même qui explique l’impossibilité pour Superman d’arrêter une locomotive ou une voiture sans en subir de sérieuses conséquences.

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On pourrait continuer la liste des exemples, parler de tous ces super-héros et de leurs ennemis dans tous les univers parallèles de la littérature fantastique. D’accord, la science nous dit qu’il y a des limites qui ne peuvent être franchies, mais c’est précisément pour ça qu’on aime autant ce genre d’histoires, précisément pour ça qu’on commence à les lire tout petits, alors qu’on rêve d’avoir le don de super-force, de super-vitesse ou d’invisibilité et de pouvoir ainsi sauver le monde, dépasser notre réalité, nos limites. Et puis d’abord, moi, je suis sûr que dans l’un des infinis univers parallèles prédits par la théorie de multivers6, un autre Isaac Newton a découvert que la deuxième loi de la dynamique, c’est force = masse x accélération x imagination. Et c’est pour ça que je continuerai à lire ces histoires.


Ce mardi soir, la semaine de la pop philosophie propose une rencontre avec Dick Tomasovic (philosophe)

21h00 – FAUT-IL CROIRE LES SUPER-HÉROS ?
Corps spectaculaires, crises d’identités et fantasmes du singulier
Les Brigittines


  1. Cette loi a été énoncée et démontrée par Isaac Newton, scientifique anglais qui, en 1700, révolutionna la physique désormais considérée comme « classique » : « Pour chaque action, il existe une réaction égale et opposée. » 

  2. Même si, des siècles plus tard, le débat reste ouvert sur cette question entre supporters de Newton et supporters de Gottfried Wilhelm Leibniz (1646-1716), philosophe, scientifique et mathématicien allemand. 

  3. À cause de la deuxième loi de Newton : poids = masse x accélération gravitationnelle. 

  4. Par exemple, le mélange d’eau et de fécule de pomme de terre est un fluide non-newtonien. 

  5. Robert Hooke (1635-1703) a été un des plus grands scientifiques expérimentaux du xviie siècle et donc une des figures clés de la révolution scientifique de l’époque moderne. 

  6. Le multivers indique l’ensemble infini de tous les univers possibles, parmi lesquels figure notre univers observable : Il existe plusieurs théories de multivers, toutes abstractions avec fondements scientifique différents.