Exposé cette semaine dans la galerie de Karoo, Thomas Corbisier évoque son parcours et sa méthode de travail.

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Retrouvez Thomas Corbisier dans la galerie Karoo

Tu te définis comme un « artiste matiériste ». Comment, en Belgique francophone, arrive-t-on à « devenir artiste » ?
Avant tout, je suis autodidacte. Je dessine depuis très longtemps, depuis que je suis tout petit. Je suis arrivé à l’art via mes études. Après avoir étudié les arts graphiques, je suis devenu webdesigner. Mais le dessin était toujours là, il y a eu des grandes pauses dans ma pratique artistique, mais j’y revenais toujours. Un jour, j’ai rencontré une fille, originaire de Sicile qui m’a raconté son histoire : elle a tout plaqué, quitté l’Italie pour se rendre en Belgique et vivre sa passion pour le théâtre. Cela m’a bouleversé. Du jour au lendemain, j’ai tout arrêté et je me suis donné trois ans pour faire de la recherche plastique. J’avais évidemment déjà beaucoup de choses, des dessins principalement. La première question était de savoir comment réutiliser tout cela ? J’ai exploité, dans un premier temps, la technique du collage, avant de m’intéresser au papier lui-même.

Pourquoi la matière est-elle si importante pour toi ?
C’est lié à ma réflexion sur l’impermanence. Pour moi, la matière en soi possède une vie, un but. D’une certaine manière, on peut envisager qu’elle vit des expériences à travers les êtres vivants. On pourrait imaginer que lorsqu’elle retourne dans la terre, lorsqu’elle retourne au sol, il se produit quelque chose grâce à toutes ces expériences de composition et de dégradation.

Peux-tu définir cette idée d’impermanence ?
Elle est liée selon moi à la notion de bonheur. Il y a très certainement une dimension philosophique. L’impermanence, c’est le résultat d’un état à un autre, c’est un mouvement créateur, un changement d’un état vers un autre. C’est la possibilité de se dire que « tout peut changer, tout peut évoluer ». Rien n’est définitif. Dans mon travail, cette notion est très importante.

Fouille contemporaine 2 | agglomérat cellulosique encollé sur bois | 26*37 cm | 2013

Comment travailles-tu ?
Ma base, c’est essentiellement le recyclage. Je parcours la ville pour trouver des sacs de papier recyclé. C’est la matière première. Après, je la transforme en pâte à papier, puis je la mélange avec des pigments. Principalement, j’essaie de travailler de manière très spontanée. Je ne veux pas de contrôle. Ensuite, j’utilise des panneaux en bois sur lequel je pose la pâte à papier. Puis, il y a ce travail de composition-destruction. Je détruis et refonds l’ensemble : j’incorpore soit des grumeaux, soit des tableaux séchés et détruits qui ne me plaisaient pas.
Dans mon travail, il y a perpétuellement, un aller-retour vers l’œuvre. C’est la seule ligne de conduite. Ce qui domine, c’est l’expérimentation constante.

Tes œuvres sont à la croisée de plusieurs disciples. Quelles sont tes influences ?
Je n’appartiens pas à un mouvement ni à un cénacle. Je suis d’ailleurs davantage en contact avec le milieu du théâtre qu’avec le milieu artistique. J’ai toujours beaucoup apprécié l’impressionnisme et le fauvisme, surtout pour leurs couleurs. Mais je ne crois pas que ce soit de là que découle mon travail… Cela reste quelque chose de très personnel.

Retrouvez Thomas Corbisier sur son site.