À la rencontre de l'art Shona : le témoignage de Moses, sculpteur désabusé qui perpétue l'héritage... Un reportage radiophonique inédit au Zimbabwe.

 

 

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Ce matin, le bruit des poinçons et du burin résonne au milieu des centaines d’œuvres d’art exposées en plein air, ici on travaille la pierre, on polit des statues, et l’on crée toutes sortes d’objets et de personnages avec du métal, du plastique ou des canettes de soda. Adossé à l’ombre d’un arbre, Moses, sculpteur de trente-neuf ans, examine un bloc de pierre et révèle son style et ses préférences.

Je suis spécialisé en art créatif, je n’ai pas fait d’école d’art, je crée des éléphants, des girafes, des gens, je fais aussi de l’art abstrait.

L’art Shona, une des ethnies majoritaires située dans le nord du Zimbabwe, se distingue par ses sculptures, figuratives ou abstraites, souvent dédiées à la famille, aux liens sociaux, à la nature et la maternité. La pierre à savon, l’opale ou la serpentine sont taillées à la main pour devenir des statues dont la notoriété est mondiale, mais pour Moses, cela ne change rien. L’économie du pays est en ruine depuis le début des années 2000, le temps des affaires florissantes est derrière lui.

À l’époque, le business était vraiment bon, il y avait beaucoup de clients ici, ils emportaient du matériel qu’ils faisaient envoyer par bateau, mais maintenant les affaires sont au plus bas, en moyenne c’est un à deux clients par semaine, on ne fait que survivre, la vie est dure.

Dans ce quartier cossu de la capitale, ils sont une quinzaine d’artistes, tous des hommes, à pratiquer et à exhiber leur art sur cette petite aire entourée de supermarchés modernes et opulents, et s’il est difficile de venir jusqu’ici pour y jeter un œil, rue de Roumanie, à Saint-Gilles, une imposante sculpture Shona trône dehors, quelque part, sur un appui de fenêtre.