Désir dingue d’Aurélien Dony
Cœur et corps dans un corps à corps

À 33 ans et avec déjà huit autres recueils de poèmes à son actif, le belge Aurélien Dony aborde dans Désir dingue les relations, les limites, les plaisirs et la sexualité. Sauf si le cœur s’en mêle et l’en empêche avant.
Désir dingue, ce poème romancé, trace ce que l’on comprend être un bout de l’histoire de son auteur. Une rencontre programmée dans un parc à Bruxelles avec « elle » afin de jouir de sa liberté sexuelle et relationnelle. Entre eux la trajectoire est claire, les mots amoureux sont proscrits, ce sont les mots-désir qui comptent.
« Je ne lui dis pas des mots d’amour j’essaie les mots-désir je désangle les mots ça doit cavaler sur ma langue et pas glisser d’une bouche à l’autre comme le font souvent les mots d’amour. »
Avec les mots, le narrateur n’a aucun souci, si ce n’est ne pas trop en dire. Grâce à son lexique, il s’anime, désire et s’excite. La tête s’enclenche, interprète et enflamme le corps. Il peine toutefois à laisser pleinement le corps commander cette affaire, le cœur veut trop souvent s’en mêler et s'emmêler.
Désir dingue aborde la recherche de la liberté en commençant par décrypter les limites de son propre corps. Pourquoi, brûlant de désir, celui-ci refuse toutefois de se mettre en marche pour conquérir le corps de l’autre ? Pourquoi le corps doit-il s’en rapporter au cœur ? L’auteur personnifie le cœur, le corps ainsi que la langue et la tête afin d’essayer de comprendre ce qui se passe lors de cette entreprise risquée que sont les relations humaines.
La plume d’Aurélien Dony, ou devrais-je dire le flux de pensées, ne s’encombre pas de virgule. Celles-ci se trouvent inutiles dans le ruminement incessant de l’esprit. L’écriture est parfois sauveuse lorsque la parole cafouille et se perd. L’écriture pose, questionne et parfois solutionne.
« J’écris pour me défaire des mots pour entrer dans le corps j’écris pour m’offrir à elle tout entier - j’écris pour lui offrir mon corps lui murmurant
c’est moi. »
En même pas 90 pages, ce livre m’a fait entrer dans des thématiques souvent ignorées ou même rejetées. Pourtant ce genre de récit est fondamental à la jeunesse, et pas que. Il permet de soi-même réévaluer son rapport aux relations, son rapport à soi aussi. Les mots de Dony sont purs doux et bruts à la fois.
Désir dingue, écrit peut-être plus pour l’auteur que pour ses lecteurs, récit qui lui permet de mettre en mot un cheminement intérieur. La sexualité qu’Aurélien Dony exprime ici fait appel à de nombreuses questions, recherches et déconstructions. Une magnifique porte d’entrée dans le sujet de la liberté sexuelle, mise en mots par un jeune poète belge très talentueux.