Nos princes charmants de Corinne Hoex
Démystification du mythe amoureux

Avec Nos princes charmants, Corinne Hoex offre une vision ironique et tranchante de la masculinité. Menteurs, pervers et orgueilleux, les hommes se distinguent fortement de l’image chevaleresque dépeinte dans les contes pour enfants. L’autrice bruxelloise aux multiples succès (Le Grand Menu, Décidément je t’assassine, Le ravissement des femmes), arrive à faire de son recueil de nouvelles une lecture poignante.
Dans un monde où les hommes détiennent le monopole du pouvoir, il peut être difficile pour le genre féminin d’altérer cette mécanique bien ancrée. Françoise, Lydia, Adolphine... toutes pourtant si différentes possèdent un point commun : une attache masculine peu reluisante. Cependant, pour ces femmes, il n’est plus question de se laisser marcher dessus. Il est temps d’inverser la tendance. À travers 18 nouvelles, elles vont, chacune à leurs manières, briser les chaînes qui entravent leur liberté, souvent au détriment de leurs bourreaux vaniteux.
Le fil conducteur de Nos princes charmants repose sur la déconstruction d’un idéal amoureux largement diffusé par les contes, la culture populaire et certaines normes sociales. Les figures masculines présentées dans le livre apparaissent d’abord sous des traits familiers, parfois séduisants, mais se révèlent peu à peu comme des hommes ordinaires, tombant du piédestal fictif sur lequel ils semblaient reposer. Ils sont pour la plupart dominateurs, égocentriques ou profondément machistes. Le « prince charmant » devient alors le symbole d’une illusion collective, entretenue au prix de compromis, de silences et d’abandons de soi. Corinne Hoex invite ainsi à interroger la persistance de ces modèles et leurs conséquences sur les relations intimes.
« Ce sont nos “princes charmants” ordinaires, modèles courants de mufles, rouleurs de mécanique, coq de basse-cour et goujats patentés. »
Les femmes, éléments centraux de l’ouvrage, ne sont ni héroïques ni victimes à l’excès : elles sont présentées avec leurs attentes, leurs doutes et leurs contradictions. Le recueil s’inscrit ainsi clairement dans une réflexion féministe contemporaine. Il met en lumière les rapports de pouvoir au sein du couple et questionne les rôles traditionnellement assignés aux femmes invitant à la remise en question d’un ordre social figé dans une société en constante évolution.
L'émancipation féminine, telle qu’elle apparaît dans l’ouvrage, ne prend pas la forme d’une rupture spectaculaire. Elle se manifeste plutôt par une prise de conscience progressive, par le refus de certaines normes et par la reconquête d’une parole longtemps contenue. Ce n’est qu’une fois libérées de cette domination qu’elles semblent retrouver consistance.
« Françoise aurait pu mettre fin à ces jérémiades, exaucer le désir de Georges, mais Georges ne l’inspirait pas. Elle le voyait tel qu’il était, oisif et désoeuvré, s’épaississant d’années en années sous ses chemises cintrées. »
Parmi les nombreuses nouvelles présentes, une en particulier m’est restée en tête. J’ai personnellement trouvé que la nouvelle intitulée « Les huîtres », exprime parfaitement la limite entre le désir et l’obsession. Dans celle-ci, Monsieur Maréchal, fou amoureux de sa voisine, va se mettre en quête de la fabrication d’un collier de vraies perles, trouvées par ses bons soins dans des huîtres nouvellement achetées. Corinne Hoex illustre avec justesse la perte d’esprit ainsi que la longue descente aux enfers de Monsieur Maréchal qui, au nom de ce qu’il juge être l’amour, sombre peu à peu dans la folie.
« Je la regardais tortiller les hanches dans sa mini-jupe de cuir noir et disparaître au coin de la rue. C’était le plus beau moment de ma journée et il était passé. »
Le recueil adopte une structure fragmentée, composée de récits courts qui se répondent et se complètent. Cette forme permet d’explorer une pluralité de situations tout en maintenant une forte cohérence thématique. Chaque texte apporte un éclairage particulier, contribuant à une vision d’ensemble des relations amoureuses contemporaines.
L'ironie, subtile mais constante, joue un rôle clé. Elle permet de dévoiler les contradictions et l’absurdité de certains comportements masculins sans tomber dans la caricature, laissant au lecteur l’espace nécessaire pour réfléchir et interpréter, tout en guidant sa pensée en appuyant savamment sur les notions principales.
L’autrice, par son écriture simple et directe, ainsi que son utilisation de la focalisation interne, permet un accès libre aux pensées les plus intimes de ses personnages. Elle permet ainsi la création de liens avec les divers protagonistes et une vision d’ensemble qui offre de multiples points de vue.
N’étant a priori pas une grande amatrice de recueil de nouvelles, l’écriture simple et directe, ainsi que la proximité créée avec les divers personnages m’ont permis une nouvelle vision de ce type de lecture qui, loin de m’ennuyer, m’a fait redouter le dernier récit.
Nos princes charmants est donc une lecture rapide mais complète, abordant avec humour et franchise des notions féministes majeures. Corinne Hoex met ainsi à l’honneur les femmes et renvoie à la société un message clair : une nécessité de changement. Le roman édité aux Impressions nouvelles, offre une vision nouvelle et entraînante de l’émancipation féminine contemporaine.