Rédacteur Sarah Meurisse

Jeune romaniste et amoureuse de théâtre, j’essaie de sortir ma plume des carcans académiques grâce à l’exercice de la critique. Et ça me plaît !

Ses articles

  1. Le Réserviste
    Faire ou ne pas faire

    Dans le Réserviste, c’est la valeur sociale accordée au travail qui est interrogée. Puisque « la paresse est mère de tous les vices », le travail est érigé en vertu incontestable dans nos sociétés modernes. Mais elle n’est pas pour autant incontestée.

    Ce texte de Thomas Depryck donne, non sans humour, un éclairage résolument lucide sur la dure réalité du chômage aujourd’hui. Mais tout cela manque un peu d’audace…

    Après avoir proposé une version XS pour le festival bruxellois du même nom en 2013, le duo Thomas Depryck (pour le texte) et Antoine Laubin (pour la mise en scène) est en tournée depuis près de deux ans avec une version beaucoup plus longue de la pièce. Trois comédiens s’y partagent le rôle d’un homme qui a délibérément choisi de se mettre en marge du marché du travail, persuadé de remplir un rôle social d’une importance capitale : il est réserviste ! Comme on est réserviste à l’armée : il se tient prêt pour le jour où l’on aura besoin de lui, où un travail fait à sa mesure sera disponible. En effet, selon Depryck, la société actuelle a rendu le travail rare et nécessaire pour garder sous sa coupe les masses de travailleurs, craignant de perdre leur emploi, et celles des chômeurs – les réservistes – qui doivent prouver leur recherche à une administration kafkaïenne et peu compréhensive de l’inconfort dans lequel ils se trouvent.

    Les trois acteurs nous offrent la vision d’un homme qui se noie dans son ennui et dans la culpabilité, conséquence de la valeur accordée au travail dans notre société. Le non-travail devient le lieu où la paresse, méprisée, s’installe, mais aussi, avec elle, le sentiment d’inutilité, l’angoisse, la dépression, « la connerie et la consommation de la connerie ». L’ingénieuse idée d’inverser la place de chacun dans la salle de spectacle – les comédiens dans les gradins et le public sur scène ! – montre d’emblée que le propos se veut décalé, en opposition à la doxa ambiante et du côté des méprisés sans-travail.