À l’été 2016, le réalisateur sud-coréen Yeon Sang Ho, grand spécialiste du court métrage d’animation, étonne son public en réalisant Dernier Train pour Busan, son premier film d’horreur en prises de vue réelles. Quelques mois plus tard, l’édition Blu-ray du film propose en bonus Seoul Station, préquel du thriller.

Une cuillère à soupe de dents écaillées, plusieurs litres de sang, une bonne louche de cannibalisme, une pincée de pénombre, trois ou quatre néons clignotants, Seoul Station réunit chacun des ingrédients d’un film zombiesque réussi.

Une morsure au cou d’un septuagénaire et le vieillard se transforme en mort-vivant...

Toute l’histoire se déroule dans la capitale de la Corée du Sud : Séoul. En pleine nuit, Suk-Gyu, âgé d’une cinquantaine d’années, cherche désespérément sa fille Hye-Sun, fugueuse, dans toute la ville. La même nuit, il reçoit un appel : sa fille se prostitue sur internet. Se faisant passer pour un client, il essaie de la joindre en vain. Il demande donc au petit-ami de sa fille (Ki-Woong), accro aux jeux virtuels, de l’aider à la retrouver. Pendant ce temps, une pandémie de zombie envahit la ville. Elle a commencé dans la gare de Séoul : une morsure au cou d’un septuagénaire à la rue empire et le vieillard se transforme en mort-vivant ! Bientôt les zombies prendront la ville d’assaut…

Un film d’horreur mais pas que...

Malgré les apparences, ce film interdit au moins de seize ans n’est pas juste une affaire de zombies affamés. Seoul Station nous raconte l’histoire d’une société tiraillée entre les riches et les pauvres, une société où les zombies sont la métaphore d’une aversion entre les différentes classes sociales.

Explication…

La gare de Séoul est un des trois arrêts principaux de la ville où l’on retrouve le plus de sans-abris. La capitale compte environ cinquante mille sans-abris et parmi eux, plusieurs centaines passent la nuit dans les couloirs de la station. On y compte essentiellement des hommes licenciés pointés du doigt par leur famille et rejetés par la société. Démunis, et ne pouvant toucher les aides sociales qui leur sont dues avant leur soixante-cinq ans, les voilà à la rue, toisés par les Séouliens de classe sociale supérieure.

Pas juste une affaire de zombies affamés...

La rue, nid du proxénétisme

Comme Hye-Sun, des milliers d’adolescents sud-coréens fuient leur foyer pour vivre dans la rue. À vrai dire, la plupart de ces jeunes trouvent refuge dans les cafés internet ou les fast food ouverts à toute heure. Ils y deviennent des proies faciles pour les réseaux de prostitution et les proxénètes, prédateurs nocturnes.

 

Addiction des jeunes Coréens au jeux vidéo

Même si ce thème n’est pas exploité en profondeur dans Seoul Station, cette problématique est importante à soulever. À l’instar de Ki-Woong, un adolescent sur dix serait considéré comme dépendant à internet et souffrirait d’une l’addiction vidéoludique. Le gouvernement sud-coréen a pris des mesures, notamment après qu’un jeune homme de vingt-deux ans a laissé son fils mourir de faim tandis qu’il passait des heures à jouer sur la toile.

Réel activiste, Sang Ho Yeon a judicieusement illustré toutes ces problématiques et ces thèmes sociétaux propres à la Corée du Sud. On en oublierait presque qu’il s’agit d’un film d’horreur. Comme quoi un thriller peut nous apprendre plus de choses qu’on ne pense…

Whitney Appiah

En savoir plus...

Seoul Station

de Yeon Sang-ho

92 minutes

2016