Ceres, le premier long métrage de la réalisatrice belge Janet van den Brand, était présenté au BRIFF en juin 2018. Le documentaire suit Koen, Daan, Sven et Jeanine, quatre pré-ados de fermiers hollandais qui n’ont qu’un seul rêve, devenir agriculteurs comme leurs parents.

Ceres s’ouvre sur un plan serré du flanc d’une truie donnant naissance à ses porcelets. C’est le début d’un cycle qui donne le ton du film : Ceres sera une expérience sensorielle au plus près de la nature et par extension, de la vie et de la mort.

Au fil des saisons, entre le bruit du craquement des épis de blé qui sèchent au soleil, les mains qui caressent les crins rêches des porcs, les enfants, les yeux rivés au ciel, imitent leurs aînés et guettent tout signe de pluie, d’orage ou de grêle. L’un enduit le dos de ses porcs de crème solaire indice de protection 50, tandis qu’un autre conduit virtuellement un tracteur grâce à un jeu de simulation.

Ceres, la déesse romaine de l’agriculture et des semences n’a peut-être plus le vent en poupe auprès de la jeune génération.

Janet van den Brand, la réalisatrice, et Timothy Josha Wennekes, son partenaire à la ville et son chef opérateur derrière la caméra, ont littéralement tourné au plus près des enfants, n’hésitant pas à tenir en équilibre sur un quad pour un plan en contreplongée, par-dessus l’épaule du conducteur, lancé à pleine vitesse. Côté technique, le duo a opté pour une caméra légère DSLR et une lentille 24 mm, qui permettent de gros plans mouvants avec une très courte profondeur de champ. Mieux vaut être assis à une certaine distance de l’écran pour distinguer et comprendre pleinement ces images graphiques, dont le flou est presque l’acteur principal, et éviter la sensation nauséeuse produit par l’utilisation instable de la caméra au poing.

Certains séquences crues et très dures d’abattage d’animaux tordent l’estomac des âmes sensibles, mais le documentaire n’est pas pour autant une œuvre militante. Ces extraits sont cependant si assumés qu’ils possèdent une esthétique propre.

L’un enduit le dos de ses porcs de crème solaire indice de protection 50, tandis qu’un autre conduit virtuellement un tracteur grâce à un jeu de simulation.

En voix off, les jeunes témoignent de leur quotidien, de leurs interrogations, de leurs envies. Ici, il n’est pas question d’argent, de crise ou de quotas mais d’aléas météorologiques, d’amour sincère envers les animaux et d’intérêt prononcé pour les tracteurs. Quelques indices seulement trahissent les difficultés financières du monde agricole, comme le souhait des jeunes de s’expatrier à l’étranger, en Amérique ou en Océanie, où les réglementations agroalimentaires sont plus souples. D'ailleurs, le couple de cinéastes a pris le parti d’explorer l’innocente vision de gamins issus du monde agricole, mais le ton « gentillet » de leur approche éclipse, selon moi, tous les enjeux sociétaux de la thématique. Lors d’un entretien après la séance, Van den Brandt et Wennekes ont évoqué la raréfaction des jeunes Hollandais aspirant à reprendre l’exploitation de leurs parents. Selon leurs dires, ils ne seraient que dix dans la région à envisager la profession d’agriculteur.

Ceres, la déesse romaine de l’agriculture et des semences, n’a peut-être plus le vent en poupe auprès de la jeune génération, mais ce documentaire consacré à l’enfance, modeste, naïf, immersif et si ancré dans le concret est une réelle bouffée d’oxygène dans un monde où le virtuel prend le pas sur l’humain.

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Ceres

Réalisé par Janet van den Brand
Belgique / Pays-Bas, 2018
73 minutes