La Nuit américaine s’inscrit dans la lignée des films sur le cinéma, véritable sous-genre né dès le temps du muet avec le Caméraman de Buster Keaton et Show People de King Vidor, et auquel Minnelli, Mankiewicz, Fellini, Godard, Wenders et tant d’autres ont donné ses lettres de noblesse. C’est l’occasion pour François Truffaut d’exposer son amour et sa vision du cinéma, vu comme un artisanat, mais aussi d’exalter l’esprit de troupe propre au monde du spectacle, qui reparaîtra dans le Dernier Métro et aurait sans doute irrigué le projet de film sur le music hall auquel il travaillait au moment de sa mort.

Pendant huit semaines, des étudiants de la filière Elicit de l’ULB mettent à l’honneur l’œuvre de François Truffaut, un réalisateur qui a bouleversé les codes du cinéma. Des coups de cœur, des scènes cultes, des analyses… tout pour partager avec vous l’art d’un des chefs de file de la Nouvelle Vague. Un nouveau feuilleton signé Karoo !

Le dernier métro

Beaucoup d’auteurs et de critiques qui se sont intéressés à la Nuit américaine de François Truffaut en ont parlé comme d’une mise en abyme du cinéma, montrant le regard d’un réalisateur sur sa propre œuvre, au même titre que le mythique Huit et demi de Federico Fellini, sorti dix années auparavant. Mais parler de la Nuit américaine comme d’une simple mise en abyme, ce serait passer à côté du message fondamental du film.
Dans ce film, Truffaut choisit de nous plonger à la fois dans les coulisses de la réalisation d’un métrage, Je vous présente Pamela, et dans le quotidien de ceux qui tentent de faire vivre ce projet... Mais aussi d’en vivre eux-mêmes, tant bien que mal.

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Truffaut et son équipe

Truffaut cherche à montrer la manière dont le réel peut être transcendé par l’art, comment le cinéma permet de reconstruire et de transcender la banalité de l’existence, ses tracas et ses peines.

Mais la grande force de Truffaut dans ce film, c’est d’avoir introduit une dimension duale du cinéma, qui n’est pas uniquement traité comme un art, mais aussi comme un artisanat. Le cinéma est à la fois l’objet, mais aussi le personnage principal du film, encastré dans cette mosaïque complexe et chaotique de personnages à l’existence boiteuse, mais tous unis dans une expérience humaine qui leur permet de dépasser leur situation. Cette dualité produit au final un contraste complexe entre la « stabilité » du film en train d’être tourné, censé être dramatique, et le désordre presque bon enfant qui habite le plateau de tournage.

Cette mentalité, Truffaut l’expose notamment dans le plus célèbre dialogue du film, lorsque le réalisateur, Ferrand, joué par Truffaut lui-même, tente de rasséréner Alphonse (Jean-Pierre Léaud), qui souhaite quitter le tournage à cause d’une peine de cœur : « La vie privée est bancale pour tout le monde. Alors que dans le cinéma, il n’y a pas d’embouteillages, pas de temps morts. Les films sont des trains qui filent dans la nuit. »

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Finalement, François Truffaut nous livre avec la Nuit américaine l’essence même de sa philosophie de vie : le cinéma en tant qu’art, mais aussi en tant qu’artisanat, est une expérience humaine fondamentale qui permet à chacun de transcender son existence vers un absolu.

En savoir plus...

Le Dernier Métro Réalisé par François Truffaut France, 1980 Avec Catherine Deneuve, Gérard Depardieu, Jean Poiret 131 minutes La Nuit américaine Réalisé par François Truffaut France, 1973 Avec Jean-Pierre Léaud, Jacqueline Bisset, François Truffaut 116 minutes