Jeudi 19 mars avait lieu la finale de l’Eurovidéo 2015. Ce concours en trois soirées sur le thème de l’art vidéo en Europe, que nous vous avions présenté la semaine passée, connaît désormais ses grands gagnants. Au-delà des vainqueurs de la compétition, il y a aussi ceux qui ont conquis le cœur de la rédaction de Karoo. Petit tour d’horizon.

Eurovideo-2015-1Retour sur l’évènement

L’Eurovidéo 2015, festival créé par Mons 2015 et l’asbl liégeoise Vidéographie, a rassemblé une centaine de spectateurs au Théâtre de Liège ces 17, 18 et 19 mars. Plusieurs centaines de spectateurs au total, si on ajoute ceux du flux streaming diffusé en live en Belgique (Mons) mais surtout à Sarajevo, Aix-la-Chapelle et Donostia San Sebastian. Le but de cette démarche connectée était d’élire les vidéos (4 prix) les plus marquantes parmi un panel de 24 œuvres de jeunes vidéastes européens. La soirée a été riche en surprises et aussi variée que ce que promettait la programmation : films de danse, expérimentations visuelles avec ou sans musique, récits de conflits et de guerre, effets optiques, etc.

Voici le palmarès :

★ Grand prix
Younes Baba-Ali pour Maroc de demain (France-Maroc, 2014) : Traveling latéral le long d’une interminable publicité murale, et quelques aléas visuels.

★ Prix de l’innovation
Pablo Saura pour This is Britain (G.-B., 2014)
Karimah Ashadu pour Lagos Sand Merchants (Artiste G.-B.-Nigeria aux Pays-Bas, 2013) : caméra sur dispositif tournant (roue) filmant des ouvriers nigérians.

★ Prix du public ex aequo
Sasha Tati pour Point of view (Bosnie-Herzegovine, 2014) : scène d’amour entre… deux yeux filmés en très gros plan !
Fernando Visockis & Thiago Parizi pour Mete-o-rology or How Jean Baudrillard forecasted our dooms (artiste brésilien en Finlande, 2015) : clip déjanté à la Kraftwerk, arc-en-ciel et anti-mondialisation à la clé.

Objectif : remise en question

Le coup de cœur de la rédaction de Karoo c’est This is Britain de Pablo Saura (G.-B.). Le principe est simple : le réalisateur a réutilisé des images de Google Street View, montrant maisons et passants. Le tout est accompagné d’un commentaire documentaire prétendant montrer « la vie des Britanniques » et en tirer des généralités : « sur ces images, nous voyons une petite fille jouer seule dans une rue de Londres. Beaucoup d’enfants jouent seuls dans les rues à Londres. »

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Une idée originale qui a le mérite d’ouvrir la réflexion sur une révolution technologique, une nouvelle méthode de cartographie futuriste : filmer les espaces publics, tous, systématiquement et rigoureusement, sans prévenir ceux qui s’y trouvent.

Réaliser un court métrage à partir de ces images, c’est reconsidérer leur statut d’un œil critique, montrer qu’en captant le réel, la caméra Google a maladroitement collecté bien d’autres informations : des modes vestimentaires, des tendances architecturales, des témoins technologiques, etc. Une technologie qui a ici, à l’insu de tous, permis un travail d’archivage incroyablement rigoureux et qui prendra sans doute un nouveau sens d’ici cent ans. Et pour le coup, le geste artistique de Pablo Saura est d'ériger ces images au rang d’œuvres d’art. Subtil !

Des artistes qui s’interrogent

Pablo Saura a posé un regard sur le monde. Et c’est d’ailleurs le fil conducteur de toute cette programmation, à la fois éclairante sur la société contemporaine et rassurante : la nouvelle génération s’interroge. Elle se questionne sur l’art, ses modalités et ses objectifs, sur les conflits, la politique, la mondialisation, les travers de la société.

Finalement, cette mosaïque européenne était un peu le panorama 2.0 des problématiques de notre temps, et ce indépendamment des frontières.

Quelques vidéos disponibles en ligne

Ana Esteve, Encierro (Espagne, 2010) : Lady Gaga revisitée...
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Thibault Jehanne, D226 (France, 2013) : expérience visuelle en voiture...
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Josué Bernabé, Ruin lust "from Beelitz-Heilstätten to the memory tapes" (Espagne, 2015) : inquiétantes surimpressions...
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Iliyana Kancheva, Today's walk (Bulgaria, 2013) : un quotidien 2.0...
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