Laurent Larivière signe avec Je suis un soldat un premier film à l’esthétique remarquable, mais doté d’une trop grande densité et d’une rigidité qui gêne la surprise.

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Du 2 au 9 octobre 2015, le FIFF souffle ses 30 bougies. Les rédacteurs de Karoo sont présents toute la semaine pour offrir un regard sur une sélection de films. Retrouvez toutes leurs articles.

Au chômage depuis huit mois, Sandrine (Louise Bourgoin) est contrainte à retourner vivre chez sa mère à Roubaix, suite à la perte de son logement. Mais la situation financière de sa mère s’avère aussi précaire que celle de la jeune femme. Acculée, celle-ci accepte de travailler pour son oncle, Henri (Jean-Hugues Anglade), propriétaire d’un chenil. Bien vite, elle découvre que son oncle est impliqué dans un important trafic de chiens en provenance des pays de l’Est. Afin d’obtenir l’argent qui lui permettra de retrouver son indépendance, Sandrine décide d’accepter les règles du jeu.

FIFF 2015 1005 Gaspard Breny, Je suis un soldat - Larivière photo 1Il est intéressant de noter que, peu importe le domaine artistique, une première œuvre obéit souvent à la même synergie : parce qu’il est nécessaire de faire ses preuves, l’artiste décide de mettre tout ce qu’il peut dans sa création. Le résultat est souvent à double tranchant : il en résulte bien souvent une œuvre généreuse et très dense, mais aussi paradoxalement rigide et donc peu encline à s’adapter pour surprendre son public. Je suis un soldat n’échappe pas à cette règle.

Laurent Larivière tente ici de traiter de la tension qu’il peut exister entre la volonté d’indépendance et la défense des valeurs familiales, face à la déshumanisation et à la solitude qu'entraîne cette même recherche acharnée de l’indépendance. Cette tension est notamment incarnée par le duo Henri/Sandrine. D’un côté, un homme prétendant parler au nom de sa famille, mais dont les méthodes l’en éloigne de plus en plus ; de l’autre, une jeune femme qui emprunte peu à peu la même pente que son oncle. Ce fil rouge qui se tend tout au long du film est notamment sublimé par l’excellent jeu de Louise Bourgoin et de Jean-Hugues Anglade.

FIFF 2015 1005 Gaspard Breny, Je suis un soldat - Larivière photo fiff 3Mais c’est davantage grâce au travail du chef opérateur et à la construction des plans que l’œuvre devient intéressante. Laurent Larivière produit un contraste assez intéressant entre un éclairage général bleuté, froid et les rayons orange d’un pâle soleil qui réchauffent l’ambiance. La lumière bleue correspondrait à la déshumanisation de la jeune femme, causée par les méthodes de son oncle, alors que l’orangé, de moins en moins présents, incarneraient son attachement à sa famille. Cela n’est pas sans rappeler l’ambiance de ces froides matinées d’hiver où dardent quelques rayons ; si le soleil est bien présent, il ne parvient pas à réchauffer les cœurs et finit par s’effacer face à la froideur du moment.

Toutefois, comme nous l’avons dit, le film pèche aussi par sa rigidité. Si dans l’ensemble les scènes de famille sonnent juste, elles s’avèrent en général plus fonctionnelles qu’autre chose. Le film, à vouloir trop en faire, peine aussi à trouver un ton clairement défini : s’agit-il d’un thriller ou bien d’un film social ? Cette incapacité à choisir un ton produit un certain ralentissement, une hésitation dans le dernier tiers du film, avant de connaître une dernière accélération assez brusque et un final en dent de scie. Dommage.

Je suis un soldat s’avère, à mon sens, un cas typique de premier film, avec tous les défauts que cela entraîne. Mais il dispose aussi d’indéniables qualités, que ce soit dans la distribution des rôles ou bien dans sa photographie. Prometteur pour la suite.

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Je suis un soldat Réalisé par Laurent Larivière France/Belgique, 2015 Avec Louise Bourgoin, Jean Hugues Anglade 96 minutes