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Ce ne sont même pas vingt-quatre heures qui se déroulent entre le commencement et la fin du Goût des myrtilles. Ce n’est pas un film dans lequel s’accumulent les personnages et se bousculent les événements. Et c’est pourtant, tout en délicatesse, une existence entière qui se déploie à travers le récit d’une simple journée.

Nous voici devant un film qui commence de manière très lente, très douce. Le spectateur est invité à faire sagement connaissance avec l’histoire d’une vie, celle de Jeanne et de son mari Michel. On les découvre tout d’abord à travers leur maison, une bâtisse dans laquelle se sont accumulées, tout naturellement, les traces des années qui passent. Contes au fil des jours, indique le titre d’un ouvrage posé sur une commode. C’est exactement cela.

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Nous sommes le 3 juin. Ce jour est particulier pour Jeanne et Michel : c’est la date d’anniversaire de la mort de leur fils Philippe, et cela fait maintenant bien soixante ans qu’ils vont lui rendre visite sur sa tombe ce jour-là. En se racontant des contes pour enfants, ils parcourent, par cette belle matinée, les cinquante kilomètres qui les séparent du bois où le garçon est décédé. Et nous entrons avec eux dans une forêt de laquelle nous ne ressortirons pas. À genoux face au monument funéraire, le vieux couple fait montre d’une sérénité que seules d’innombrables venues et de longues années ont pu leur procurer. On les observe même rire et se chamailler avec tendresse, et peu à peu leur caractère se révèle à nous : Jeanne est d’un naturel inquiet tandis que son mari vit dans l’humour et la bonne humeur.

Vient ensuite le temps de la promenade et du pique-nique annuel. C’est ici que, tout doucement, le rythme s’accélère. Le fil des événements se découd, la structure narrative nous échappe. Michel laisse derrière lui sa femme endormie pour aller se promener, et se perd. C’est alors que, entre rêve et réalité, dans un ingénieux parallélisme entre eux-mêmes et les personnages de contes qu’ils aiment à se raconter, tous deux sont mis face à leurs peurs, à leurs joies et tourments d’antan. La mort de Philippe nargue leurs esprits. Michel est confronté à son enfance, à ses passions passées tandis que Jeanne se retrouve vouée à sa solitude et à son anxiété. Le tout est remarquablement accompagné tantôt par un violon fiévreux, tantôt par un piano doux-amour.

Deux possibilités nous sont offertes face à un tel film. Nous pouvons prendre le parti de le regarder encore et encore, de l’étudier, de le retourner vers la gauche et vers la droite pour mieux l’examiner sous tous ses angles et dénicher les innombrables connexions et interprétations possibles. Mais nous pouvons aussi nous laisser inviter par la poésie qui l’habite de bout en bout et savourer ses belles images, ses subtiles réflexions.

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Le Goût des myrtilles a nécessité dix ans de travail. Lors de sa projection en avant-première au Festival international du film francophone, le producteur nous a cependant révélé que jamais le découragement n’a menacé. Il en va ainsi quand c’est une œuvre et non pas un produit que l’on est en train de réaliser. Tandis que Michel Piccoli avoue trouver le film secret et impressionnant, Natasha Parry est, elle, trop émue pour pouvoir formuler un commentaire sur le superbe travail de Thomas de Thier, le réalisateur. Et Michel Piccoli d’ajouter avec beaucoup d’humour qu’il a, durant sa vie, vu beaucoup de cinéastes faire des choses qui l’impressionnaient, mais qu’ils n’avaient désormais plus qu’à se taire. Le Goût des myrtilles est un film qui, sans être vraiment triste, s’achève en vous laissant le cœur serré. Il ne demande qu’à être apprécié calmement, en silence.

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Le Goût des myrtilles Réalisé par Thomas de Thier Belgique-Luxembourg, 2013 Avec Michel Piccoli et Natasha Parry 86 minutes