Au-delà d’un énième blockbuster américain tiré de l’industrie Marvel, Les Gardiens de la galaxie sort son épingle du jeu pour nous proposer un space opera palpitant tiré d’une bande dessinée pourtant méconnue.

Que raconte le film ?

En 1988, le jeune Peter Quill perd sa mère, victime d’un cancer. Il est ensuite capturé par un vaisseau extraterrestre. Des années plus tard, le petit Peter est devenu un hors-la-loi qui gagne sa vie en récupérant des trésors dans toute la galaxie. Sa vie va changer le jour où il tombera sur un artefact mystérieux. Il s’engage alors dans une aventure hors du commun durant laquelle il rencontre la guerrière Gamora, le terrible Drax, le paisible Groot, et Rocket, un raton-laveur…

On adore le genre « super-héros » pour les scènes d’action, pour les effets spéciaux, et surtout pour les héros badass. Par contre, ces films ont souvent le gros défaut d’être narrativement et stylistiquement pauvres. Les Gardiens de la galaxie pourrait n’être qu’une autre grosse production américaine du genre Thor ou Avengers, mais ce n’est pas le cas. Malgré le nombre de scènes réalisées selon la tradition du genre, l’humour et le cynisme ne sont jamais loin, et permettent de respirer un peu dans cette course infernale aux effets spéciaux, devenue la règle à Hollywood. La dérision, plutôt fine, est en réalité le principal ressort du film, ce qui n’était pas le cas dans la bande dessinée. Le film est donc davantage une comédie d’action qu’un film d’action comique ; l’écriture de James Gunn n’y est sans doute pas pour rien, et elle rend l’histoire captivante et rythmée. Quant à l’univers musical, kitsch parce qu’uchronique, il apporte une touche de décontraction supplémentaire.

De l’image papier à l’image animée

Il est évident que tout travail d’adaptation implique des différences, parfois notoires, avec l’original. Pour une bande dessinée peu connue, le film possède l’impact commercial qui lui apportera une notoriété — méritée d’ailleurs. Ce qui est dommage, c’est que « l’essence » même de la bande dessinée ne s’y retrouve pas vraiment.

Une esthétique différente

Le film propose un univers dont l’esthétique est très travaillée. Nous pouvons y voir des paysages légers, teintés de couleurs pastel. Un fond étoilé est quasi constant. Les décors sont très futuristes et dépouillés, ainsi que les vaisseaux et la cyber-technologie environnante. La bande dessinée est par contre plutôt surchargée. Il y a très peu de cases et beaucoup de pleines pages, remplies de détails et de couleurs criardes. Les pleines pages montrent des vues d’ensemble sur le groupe des « Gardiens ». Le procédé est récurrent, et chaque page montre clairement et systématiquement la cohésion du groupe. Chaque action se fait en équipe, l’entraide est perceptible, et chacun met à profit son pouvoir au service de la bande. Les cases plus petites mettent en valeur les personnages par des gros plans.

Les décors sont très peu représentés, ce sont les costumes qui nous permettent de reconnaître l’aspect cosmique de l’histoire. Les vêtements sont entre l’accoutrement typique du super-héros et la combinaison spatiale (moulante et bicolore avec les initiales brodées). Au cinéma, les costumes sont plutôt contemporains, ce qui donne aux héros un côté très moderne et décontracté. Pour éviter les provocations, on peut noter que Gamora est nettement plus couverte dans cette version que dans le comics, où elle ne porte qu’un string.

Dans le comics, les points de vue utilisés et la disposition des cases rendent la bande dessinée complexe, ce qui peut désarçonner le lecteur. Il doit faire un réel effort de concentration, car le dessinateur place de nombreux détails dans la composition des images.

Les auteurs jouent aussi avec les plongées et les contre-plongées, afin de montrer les corps et les attitudes sous diverses facettes, alors que la version cinéma utilise des plans plus larges, avec l’infini en toile de fond. L’ambiance du film est nettement plus paisible que celle du comics : pas de prise de tête possible avec l’esthétique pour le spectateur.

Un autre traitement des personnages

Dans le film de James Gunn, les personnages principaux sont aux nombres de cinq et sont rarement représentés en groupe. L’intrigue est axée sur le héros principal, Peter Quill, qui est fatalement plus présent que les autres. Dans le comics existent une dizaine de personnages, qui ont chacun leur moment de gloire.

Drax est joué par le catcheur Dave Bautista. Il a un passé et un manque de second degré qui le rendent attachant. Dans la bande dessinée, il n’est que destruction et inhumanité : il est nettement plus sombre que dans le film. Gamora, quant à elle, est plus fidèle au comics, elle garde sa réputation de femme dangereuse et forte. Elle reste digne, pleine de courage et n’a pas peur de se sacrifier pour l’équipe. Pourtant, nous la voyons très peu : elle n’apparaît que lors des scènes de combats, car elle est une véritable « machine à tuer » et n’a qu’une fonction de faire-valoir. Elle est nettement plus présente dans le film. D’apparence froide, elle est fière et joue un rôle maléfique ; au fur et à mesure de l’histoire, elle s’assagit et apprend ce qu’est l’esprit d’équipe.

Le film accorde aussi beaucoup d’importance à Peter Quill ; un personnage un peu négligé dans le comics. Il reste un petit rigolo charmeur, mais il est beaucoup plus raisonnable dans le comics. Fils d’un roi extraterrestre et éminent astronaute de la Nasa, il est moins fun et décalé que dans le film. Quant à son physique, il a subi quelques transformations : bellâtre musclé aux longs cheveux sur papier, son allure est à la fois rebelle et celle d’un « monsieur tout-le-monde » au cinéma.

Gamora est elle aussi métamorphosée. Wonder woman verte aux yeux blancs, très musclée et dotée d’une grosse crinière dans la BD, elle a dans le film davantage le physique d’une autre héroïne des Gardiens de la galaxie : Mantis, avec sa silhouette plus frêle et sa combinaison noire.

Le film ne nous donne guère de détails biographiques sur les personnages avant leur entrée dans le groupe des gardiens de la Galaxie et leur passé ne correspond pas à celui de leurs homologues du comics.

Nous savons déjà qu’un deuxième volet de la saga est en cours de tournage. Peut-être en saurons-nous davantage sur les personnages par la suite… Une chose est sûre : la série les Gardiens de la galaxie tire malgré tout son épingle du jeu dans ce méli-mélo de blockbuster’s Marvel.

Pourvu que ça dure…

En savoir plus...

Les Gardiens de la galaxie (film)

Réalisé par James Gunn
Avec Chris Pratt, Zoe Saldana, David Bautista
États-Unis, 2014, 121 minutes

Les Gardiens de la galaxie (comics)

Scénario d’Arnold Drake, dessin de Gene Colan, 1969