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Avec la Collection d’arômes, Igor Cobileanski nous emmène bien loin de l’univers acidulé que pourrait laisser présager le titre de son court métrage. Découvrant des personnages à la fois sujets et objets d’une violence qui touche au « sacré », le spectateur non plus n’en sortira pas indemne.

La Collection d’arômes nous plonge dans une Roumanie pauvre et rurale. Victor, un jeune garçon gauche (Radu Marin Suceanu), et son père éteint (Gheorghe Grau) évoluent dans un univers précaire où même la sainte icône de la Madone est crasseuse et où lorsqu’on a besoin de baskets, il faut traverser les champs pour emprunter celles du voisin. Dans ce contexte de misère sociale, il leur faudra franchir la frontière entre le courage et l’inconscience pour trouver l’argent nécessaire à l’achat des médicaments de la mère de Victor.

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Igor Cobileanski va nous prendre par surprise et nous montrer l’inimaginable. Sans tomber dans le trash gratuit, la scène clé du film n’en n’est pas moins insoutenable. Le cinéma nous a habitués aux giclées de sang et aux scènes brutales dans lesquelles des êtres humains deviennent les jouets de cyniques pervers qui se délectent de la vue de combats bestiaux. Cette « tradition » encore illustrée en 2012 dans Django Unchained de Quentin Tarantino laisse rarement insensible. Et pourtant ici, le réalisateur moldave va encore plus loin.

Premièrement, en touchant à l’enfance et à sa sacro-sainte innocence, il décuple le malaise. Ensuite car il ne nous laisse pas nous réfugier dans le confort du manichéisme. En effet, la posture paternelle est ambiguë : acteur et objet de cette violence, le père en bénéficie comme il en souffre, il est à la fois la victime et le coupable.

Le sommet du dérangeant est atteint lorsque, parallèlement à la sauvagerie inhumaine, les règles de la bienséance et de la politesse continuent à être observées parmi les adultes qui gardent bonne figure tandis que leurs rejetons rompent avec l’humanité. La souffrance physique des jeunes se mêle à la torture morale des aînés, volontaires contraints et forcés par la vie de sacrifier ce qu’ils ont de plus cher.

Igor Cobileanski aborde un thème vieux comme Abraham et le renouvelle en donnant un rôle actif et conscient à l’enfant, qui l’éloigne de l’image de l’agneau innocent. Le film évite de tomber dans la victimisation simpliste d’un être vulnérable et c’est ce qui fait sa force. Il n’empêche qu’en fin de compte, on en sort d’autant plus déstabilisés et qu’un seul constat s’impose : l’homme est un drôle d’animal.

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La Collection d’arômes (Colectia de arome) Réalisé par Igor Cobileanski Roumanie, 2013 Avec Radu Suceanu, Gheorghe Grau 14 minutes