D’année en année, il est des choses qui ne changent pas. Comme les amateurs de chocolat attendent fébrilement la Saint-Nicolas et les amateurs de vins le beaujolais nouveau, les cinéphiles férus de comédie attendent sans faillir le « dernier Woody Allen ». Car, il y a, toujours, un « dernier Woody Allen ». Cette rentrée ne déroge pas à la règle : Magic in the Moonlight est sur tous les écrans.

L’histoire commence à Berlin, lors d’une prestation du célèbre prestidigitateur chinois Wei Ling Soo, alias Stanley Crawford. Arrogant, sûr de lui, Crawford est un expert de la magie, qui croit aux principes scientifiques et nourrit une profonde aversion pour les faux médiums. Ce soir-là, son vieil ami Howard Burkan le rejoint dans sa loge pour solliciter son aide : il faut démasquer Sophie Baker, une jeune Française qui prétend avoir un don de médium et qui est occupée à escroquer les Catledge, une riche famille américaine installée sur la Côte d’azur, dont elle est même sur le point d’épouser le fils aîné. En homme de conviction et de défi, Stanley accepte la proposition de Howard.

Convaincu d’arriver à percer chez Sophie Baker les mêmes trucs que chez les imposteurs habituels, il est pour le moins surpris d’échouer à la démasquer, au point de conclure qu’elle possède de vrais dons de télépathie, sans qu’aucune explication scientifique ne puisse éclairer le phénomène : il est conquis. La situation prend une tournure surprenante, et la question se pose au spectateur : qui est vraiment Sophie Baker ? Jouant tour à tour sur plusieurs registres, entre fantastique, romance et policier, le scénario de Magic in the Moonlight propose un vrai suspense. C’est une de ses principales qualités.

Ce recours à l’étrange n’est pas neuf dans la filmographie de Woody Allen, et cette nouvelle production n’est pas sans rappeler quelques grands films, comme le Sortilège du scorpion de jade, Scoop ou Midnight in Paris, dans l’intrigue desquels la magie et un fantastique discret occupent une place déterminante. Mais si Magic in the Moonlight diffère un tant soit peu de ses prédécesseurs, c’est surtout par son ambiance. Le réalisateur a insufflé au scénario et à sa mise en scène un ton assez « british », appuyé par une atmosphère résolument rétro. Si l’intrigue paraît un peu trop légère et si la fin — qu’on s’abstiendra évidemment de révéler — est plutôt attendue, on est agréablement surpris par l’intensité de certaines répliques, typiques de l’écriture allénienne, mais déçu par d’autres.

Emma Stone et Colin Firth sont particulièrement convaincants dans leurs rôles, qui les opposent puis les rapprochent. La malignité de l’un et la fausse candeur de l’autre font merveille. C’est donc surtout l’interprétation qui fait l’intérêt du film, qui pourrait se passer de quelques scènes ennuyeuses et redondantes. En frôlant par endroit la caricature — notamment dans la reproduction d’une côte d’Azur des années 1920 investie par une famille américaine —, Woody Allen arrive avec peine à rendre crédibles ses personnages, si savoureux ou attachants soient-ils. Peut-être aurait-on même zappé, s’il n’y avait eu l’excellent Colin Firth dans le rôle principal.

Soyons francs : Magic in the Moonlight n’est pas « le meilleur Woody Allen », mais plutôt « le quarante-septième Woody Allen », un film plus scintillant que brillant, avec quelques faiblesses. Mais il appartient aussi au genre des comédies plaisantes comme on les aime en fin d’été.

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Magic in the Moonlight

Réalisé par Woody Allen
Avec Emma Stone, Colin Firth
États-Unis, 2014 , 97 minutes