…ou quand Bobcat Goldwait dresse un portrait au vitriol d’un monde régressif, perverti et dégénéré. God Bless America est violent. Mais il n’est pas que ça.

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Seul, sans boulot, malade et au bout du rouleau, Franck n’a vraiment plus rien à perdre. Révolté par la bêtise ambiante, il décide de massacrer de sang-froid tout abruti passant sur son chemin. Sur sa route, il va rencontrer Roxy, une adolescente rebelle et blasée, tendance « tueuse en série ». Tout deux formeront un duo sanglant, tels Bonnie et Clyde en leur temps.

Bobcat Goldwait est à l’origine de cette satire corrosive et licencieuse. Adeptes d’humour noir, c’est à vous que je m’adresse ! D’accord, le pitch est simple, mais il est efficace. God Bless America n’est pas un chef-d’œuvre, vous y trouverez peu de plans esthétiques et la mise en scène est peu soignée. Ce film est rustre, sanglant, lourd sur un fond naïf. Et c’est justement cela qui le rend intéressant. C’est un pur ovni ! Il joue avec l’ambiguïté et révèle par la même occasion une société masochiste. Je dirais que God Bless America est fantasque, romantique et assumé.

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God Bless America : dessin d'Amélie Bolen

Mêlant drôlerie et bizarrerie, il nous fait nous poser pas mal de questions. Notre protagoniste est certes un produit de la contestation, généré par une société désespérée, violente et humiliée, mais il n’est finalement pas un mauvais bougre. Le réalisateur réussit d’ailleurs à nous placer immédiatement dans l’empathie. Les vingt premières minutes du film sont décisives. Elles déterminent un rythme, plutôt rapide et nerveux, pour que nous nous immergions ensuite dans la vie pathétique du personnage principal. Nous sommes donc bombardés d’informations dès le départ.

Le fait que plusieurs événements désastreux lui arrivent en si peu de temps rend Franck touchant. Ce qui est effrayant, car nous ne pouvons que nous identifier à ce personnage. Nous sommes poussés à pardonner ses crimes… et même si le rythme du film ralentit au fur et à mesure, ce sentiment de compassion ne nous quitte plus. Franck est un type normal qui pète littéralement un câble, alors que Roxy n’a pas de réelle motivation : elle n’est finalement qu’une meurtrière. Elle reste malgré tout attachante, elle nous séduit avec son minois charmant et ses réparties adolescentes, vives mais d’une justesse rare. Elle est également très amusante, et nous rappelle vaguement notre ado fantasque préférée de Juno.

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Ce film est un « entre-deux ». Il peut être moralisateur, car Franck tient un propos aux allures conservatrices. Mais en contrepartie, la jeune fille, vive et moderne, symbolise la génération adolescente d’aujourd’hui. Tout en partageant globalement une même vision du monde, ces deux personnages incarnent ainsi des manières de penser différentes. Franck vit dans le regret du passé tandis que Roxy est ancrée dans le temps présent ; elle est consciente des évolutions et de la stabilité qu’offre son époque. Mais la haine et la colère les unissent et les rendent malgré eux tendres et poignants. J’en conviens, le film est peu subtil et brutal. Mais son intérêt est à situer dans le message de solidarité qu’il exprime.

Le sujet est racoleur et semble provocant. Mais y a-t-il quelque chose de plus jouissif que la transgression ? Moi, le cynisme et le crade, j’en achète encore et encore !

En bref, adeptes de flux de sang extrême et de dialogues délicieusement vachards, ce film est fait pour vous !

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God Bless America Réalisé par Bobcat Goldthwait États-Unis, 2011 Avec Joël Murray, Tara Lynne Barr 105 minutes