En 1925, Francis Scott Fitzgerald publie son Great Gastby. Le livre fait alors une discrète apparition dans la sphère littéraire. Il faudra attendre les années 1950 pour que le roman remporte le succès qu’on lui connaît, celui d’un livre qui parle d’une « génération perdue », et dont le personnage central effraie tout autant qu’il intrigue.

On connaît l’histoire : quelques années plus tard, le narrateur Nick Caraway relate en neuf chapitres sa rencontre avec Jay Gastby, mystérieux milliardaire installé depuis peu à West Egg Village (Long Island). Gatsby organise dans sa somptueuse demeure des fêtes clinquantes, réunissant le beau monde de la côte Est américaine. Toutes sortes de rumeurs planent à propos de cet homme dont on sait peu de choses, mais quoi qu’il en soit, il est acquis qu’il a construit sa fortune sur une montagne d’escroqueries.

En face de l’imposante bâtisse de Gatsby vivent les Buchanan. Daisy et Tom, couple nanti, de retour d’un voyage en Europe. Nick Caraway, cousin de Daisy, ami de Tom depuis l’université, est également le plus proche voisin de Jay Gatsby. Riche et hautain, Tom offre à Daisy une aisance matérielle rassurante, mais il n’hésite pas à tromper l’ennui avec sa maîtresse Myrtle Wilson, l’épouse d’un garagiste de la région. Gatsby, lui, désire plus que tout reconquérir Daisy qu’il a connue cinq ans plus tôt. Il a d’ailleurs amassé la richesse qui le définit désormais pour enfin la conquérir… Puis soudain, une longue automobile jaune, la vitesse au retour de New York, un accident : Daisy conduit, Myrtle meurt. Pour protéger Daisy, Gatsby n’hésite pas à endosser la responsabilité de la mort de Myrtle Wilson.

Tom Buchanan, blessé par la perte de sa maîtresse et déterminé à sauver son couple, se venge de l’arriviste au chapeau d’or en révélant à Wilson le nom de celui qui pourrait bien être responsable de la mort de sa femme. L’après-midi qui suit, on retrouve les deux hommes morts. Gatsby dans sa piscine, le garagiste sur le gazon. Personne, si ce n’est son père et deux vagues amis, n’assistera aux funérailles de l’homme à l’énigmatique richesse devenu, maintenant qu’il est mort, infréquentable.

Dans une lettre que F. S. Fitzgerald adresse le 7 novembre 1924 à Maxwell Perkins, directeur littéraire pour l’éditeur Charles Scribner, il fait état de son hésitation quant au titre à donner à son livre : Trimalcion, en écho à ce riche affranchi du Satiricon de Pétrone, un des premiers personnages de la littérature qui incarne la figure du nouveau riche, ou Sur la route de West Egg, en référence au village qui tient lieu de cadre à l’histoire ; Gastby au chapeau d’or ou encore l’Amant aux bonds d’acrobate, reprenant ainsi les termes des quelques vers mis en exergue au début du livre.

L’histoire nous rappelle chaque jour quel titre fut retenu. Les hésitations de Fitzgerald, elles, nous renseignent sur ses intentions dans ce roman. Gatsby, d’abord, qui a eu l’audace de croire que l’argent lui permettrait de réinventer l’histoire. Tout faire, même l’acrobate, pour se faire remarquer de Daisy… Et prendre le risque qu’il ne reste rien, sinon flotter, mort, dans une piscine flamboyante et inutile, comme tout le reste de ce qu’il a cru être en « possédant ». Tom et Daisy, ensuite, qui errent entre l’Europe et l’Amérique, à la recherche d’une identité qui leur échappe sans cesse. C’est que l’argent ne permet pas d’offrir un sens à la vie.

Au-delà de l’étude de mœurs d’une classe sociale, Fitzgerald touche ici au sublime de la tragédie : qui sommes-nous sinon des êtres vivants sous le joug de la fatalité ?

Cet article est précédemment paru dans la revue Indications no398.

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Gatsby le Magnifique

Écrit par Francis Scott Fitzgerald
Traduit de l’anglais (E.U.) par Philippe Jaworski
© 2012, éditions Folio
Roman, 208 pages