Laurent Demoulin est né en 1966. Il étudie à l'université de Liège avant d'y enseigner lui-même. Son attention se porte particulièrement sur Jean-Philippe Toussaint, à qui il consacre son mémoire, et sur Francis Ponge, à travers une thèse de doctorat. Cet intérêt se maintiendra et donnera naissance à un essai sur le poète, paru en 2011. Laurent Demoulin est également poète. Il est lauréat du prix Marcel Thiry en 2009 pour Trop tard. Ce recueil comme le précédent, Filiations, et le suivant, Même mort, montre une volonté de joindre à une recherche formelle un questionnement sur les liens interhumains.

Quel livre emportez-vous en vacances ?
Je lis à peu près la même chose en vacances et pendant l’année. La lecture est à la fois mon loisir préféré et mon activité professionnelle principale (j’enseigne en romanes à l’université), ce qui présente des avantages et des inconvénients. Je lis toujours en permanence au moins trois livres (mais en fait souvent six ou sept) : un roman, un recueil de poèmes, un essai, et je passe de l’un à l’autre, en fonction de mes humeurs, de mes obligations et de l’heure de la journée, mais non du moment de l’année. Les vacances n’y changent pas grand-chose, si ce n’est qu’en plus, j’y lis des bandes dessinées. Je ne sais pas encore où j’en serai quand viendront celles qui s’approchent. Si vous voulez des titres, voici les trois livres que je lis pour le moment. Le roman : Boualem Sansal, le Village de l’Allemand. Le recueil de poèmes : Roger Gilbert-Lecomte, la Vie, la mort, l’amour, le vide et le vent. L’essai : Typhaine Samoyault, Roland Barthes. La dernière bande dessinée que j’ai lue : Nicolas Malher d’après Thomas Bernhard, Maîtres anciens.

Quel projet pour la rentrée ?
J’aimerais lutter contre l’émiettement du temps et ne plus courir d’un petit projet à l’autre (article, conférence, texte de circonstance…) pour me consacrer à un grand projet, c’est-à-dire à un livre. Ou à des livres, avec la même tripartition : essai, roman, poésie. Tout en sachant qu’une fois le livre écrit, passé un moment de douce euphorie, il faut chercher un éditeur…

Quelles sont vos vacances idéales ?
Être entouré de ma famille, lire, écrire (au stylo dans un cahier et non plus à l’ordinateur comme pendant l’année), rouler à vélo (par plaisir et non plus pour me déplacer vers mon lieu de travail), visiter une ville (au hasard des rues), me baigner dans la mer (en nageant vers l’horizon).

Quel poème récitez-vous à une jolie femme à la plage ?
Je ne connais pas dix mille poèmes par cœur, je l’avoue. Je sens bien que le Vin du solitaire de Baudelaire n’est pas idéal en la circonstance. La Ballade des pendus de Villon, n’en parlons pas ! Peut-être Mon rêve familier de Verlaine. Non, un tout petit peu plus original : les Pas de Paul Valéry, qui se termine ainsi : « Si, de tes lèvres avancées, / 
Tu prépares pour l’apaiser,
 / À l’habitant de mes pensées
 / La nourriture d’un baiser, / 

Ne hâte pas cet acte tendre, / 
Douceur d’être et de n’être pas,
 / Car j’ai vécu de vous attendre,
 / Et mon cœur n’était que vos pas. » J’ai juste peur d’avoir un trou pendant l’avant-dernière strophe. Il faudra que je révise un peu.

Le soleil de juillet, meilleur remède contre le soleil noir de la mélancolie ?
Oui, je crois, en raison de sa lumière (plus que de sa chaleur) : le soleil triomphant du plein été est bel et bien un rempart contre le soleil noir de la mélancolie. En vieillissant, mon besoin de lumière n’a cessé d’augmenter. Plus jeune, j’aimais « la pâle clarté qui tombe des étoiles », notamment durant les chaudes et courtes nuits de juillet.