Et pourquoi pas, pour changer, la critique d’un roman que je n’ai vraiment pas aimé ?

Dix ans après Auprès de moi toujours, Kazuo Ishiguro revient avec un nouveau roman, le Géant enfoui. Situé dans l’Angleterre du début du VIe siècle après Jésus-Christ, terre de superstitions marquée par l’empreinte du légendaire roi Arthur, l’histoire raconte le périple d’Axl et de sa « princesse » Beatrice, deux vieillards à la recherche de leur fils.

Mais… Comment ont-ils fait pour perdre leur fils, dans un premier temps ? On est en droit de se poser la question, après tout, puisque c’est le point de départ de l’intrigue. Eh bien, ni Axl ni Beatrice ne se le rappellent. En effet, dans cette Angleterre moyenâgeuse, les gens perdent la mémoire, leurs souvenirs sont comme aspirés par une brume étrange qui recouvre peu à peu les collines et les landes. Tout au plus nos deux protagonistes se souviennent qu’ils ont eu, à un moment donné, un enfant, parti il y sans doute longtemps, dans des circonstances qui leur échappent. Sentant la mort approcher, ils décident donc de quitter la grotte où ils vivent pour tenter une ultime réunion avec le fruit de leur amour.

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Kazuo Ishiguro
photo de David Harrison

Au cours de leur errance dans ces terres désolées, ils rencontreront Wistan, un guerrier saxon sans peur et sans reproches, ainsi que le chevalier Gauvain – oui, oui : le même que dans les romans de ce bon vieux Chrétien de Troyes – devenu une figure nostalgique et donquichottesque, vêtue d’une armure rouillée, à cheval sur une rosse famélique.

Au fil de leur voyage, la mémoire reviendra peu à peu à Axl et Beatrice, pour le meilleur… mais surtout pour le pire.

Si la fin du roman est, il faut le reconnaître, assez bouleversante, je ne suis jamais vraiment parvenu à entrer dans le récit. Certes, l’écriture d’Ishiguro est claire et précise, mais elle peine à tenir en haleine ses lecteurs pendant 464 pages. De plus, si la relation entre Axl et Beatrice apparaît de prime abord touchante, et si leur quête retient l’attention, on ne peut s’empêcher de sentir la lassitude nous gagner : les dialogues entre les deux personnages tournent parfois « à vide » – voire sont carrément ennuyeux – et la succession des rencontres au cours de leur périple a un côté terriblement monotone.

Je ne déconseillerais pas totalement ce roman, car il présente des qualités, mais je n’ai pas été sensible à la magie qu’Ishiguro a tenté d’insuffler à cette œuvre. Dommage. Peut-être une prochaine fois…

 

 

 

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Le Géant enfoui Kazuo Ishiguro traduit de l’anglais par Anne Rabinovitch Éditions des Deux Terres, 2015 420 pages