Avec Nue sorti en 2013, Jean-Philippe Toussaint avait clos le cycle autour de Marie-Marguerite de Montalte. Cette rentrée littéraire, il fait paraître Football, dont le titre évocateur résume l’objet. Mais quel que soit le sujet de son livre, un écrivain parle toujours de lui, de l’écriture et de la vie. Cet opus ne déroge pas à la règle.

Panini Argentine coupe du monde 1986L’incipit du dernier Jean-Philippe Toussaint nous prévient d’emblée : « Voici un livre qui ne plaira à personne, ni aux intellectuels, qui ne s’intéressent pas au football, ni aux amateurs de football, qui le trouveront trop intellectuel. » Derrière cette formule qui sonne comme un avertissement se cache une tout autre promesse : il plaira aux amateurs de Jean-Philippe Toussaint. S’inscrivant dans la veine de livres comme Autoportrait (à l’étranger) ou l’Urgence et la Patience, Football est un recueil d’essais, d’impressions, de souvenirs. Après le voyage et l’écriture, Jean-Philippe Toussaint se concentre maintenant sur le ballon rond pour ne pas « rompre le fil ténu qui [le] maintient encore au monde ». Car grâce au football, Toussaint se rappelle les matchs qu’il a vus et les voyages entrepris pour aller y assister. Et surtout, le football le rattache à son enfance bruxelloise.

En cela, la première partie du livre est la plus belle. Le lecteur, croyant d’abord à un essai trop intellectuel sur le football, se laisse surprendre par ce que le football fait écrire à Jean-Philippe Toussaint. De très courts chapitres aux intitulés parfois mystérieux se succèdent et dessinent le portrait en creux de leur auteur. Il revoit des amis d’enfance, les rues de Bruxelles, les premiers émois footballistiques. Les noms d’anciens joueurs résonnent comme le nom de héros éternels. Une bande de jeunes garçons voit pour la première fois un match diffusé en couleur dans la vitrine d’un magasin d’électroménager. Le salon d’un appartement se transforme en terrain pour un match imaginaire en solitaire. Les réflexions sont justes et l’anecdote se fait universelle.

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La seconde partie du livre ressemble à un compte rendu des différentes Coupes du monde depuis 1998 jusqu’à 2014. Toussaint se met en scène, personnage nonchalant, noyé dans les foules ou seul dans les chambres d’hôtel. Impressions de voyage, réflexions diverses et descriptions de petits riens se mêlent en une autobiographie flegmatique et cocasse. Certains des textes, Toussaint les avait déjà fait paraître dans des revues japonaises ou dans d’autres recueils. L’amateur de l’auteur sera frustré de tenir entre ses mains un livre non entièrement inédit, composite, comme une respiration entre le cycle romanesque de Marie-Marguerite de Montalte et un roman à venir. L’amateur de l’auteur ne retrouvera pas le style étrange des premiers livres, mais la limpidité de ses derniers opus. Même les intellectuels et les footeux seront satisfaits. À condition de ne pas chercher dans Football le livre qu’il n’a pas vocation à être.

Si le critique devait accompagner son texte de recommandations pratiques, il ajouterait ceci : il faut lire l’ultime chapitre du livre au début de la nuit. Une nuit d’orage en Corse et les pérégrinations pour suivre un match de football vous ramènent à la simplicité, à l’émotion, à l’imagination. Donc à l’enfance. Le dernier paragraphe se conclut aisément par un tour dans le jardin ou par la tête passée par l’ouverture d’une fenêtre à regarder les étoiles. Puis on ira se coucher, ravi de ce que le football, raconté par un grand écrivain, vous rappelle forcément quelque souvenir heureux.

 

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Jean-Philippe Toussaint Football Minuit, 2015 122 pages