Quatre auteurs, un libraire et un éditeur étaient réunis à Bruxelles le 18 février, à l’invitation de la SABAM (Société belge des auteurs, compositeurs et éditeurs), pour parler de « la situation du livre et des auteurs en Fédération Wallonie-Bruxelles ». Compte rendu d’un échange à bâtons rompus entre Alain Berenboom, Geneviève Damas, Pascale Fonteneau, Philippe Goffe, Xavier Vanvaerenbergh et Pascal Vrebos.

À la demande d’Éric Russon, modérateur de la soirée, chacun des six invités commence par nommer quelques priorités à aborder. On retiendra notamment le souhait formulé par Pascal Vrebos, auteur dramatique et journaliste, que les auteurs conservent cette « folie » et cette « espèce de mégalomanie » qu’il faut pour écrire aujourd’hui. Un vœu qui fait écho aux préoccupations d’Alain Berenboom, auteur et avocat, pour qui « écrire de la fiction, c’est toujours rendre compte du monde dans lequel on vit » – un monde dont la violence fait aujourd’hui de l’écriture un défi.

Parmi les autres priorités citées, nombreuses sont d’ordre économique. Pour Philippe Goffe, de la librairie Graffiti à Waterloo, « les auteurs, les libraires et les petits éditeurs sont des artisans confrontés à l’industrie du livre ». Avec pour conséquence, entre autres, la difficulté pour les moins connus d’exister face aux plus grands noms. Le libraire rappelle toutefois que selon le principe économique de la « péréquation », ce qui se vend bien permet de financer ce qui se vend moins bien.

Toujours pour Philippe Goffe, un ingrédient essentiel permettant aux artisans du livre de faire face aux plus gros poissons serait « la garantie du prix unique du livre ». Mais cette revendication n’est pas son seul moyen d’action : pour subsister face aux grandes enseignes, une trentaine de librairies belges, dont la sienne, se sont regroupées au sein de la plate-forme Librel, qui leur permet de sortir de leur isolement, de partager leurs agendas et de se consacrer à la vente de livres numériques. Car « le libraire est aussi un commerçant, qui doit sentir les mutations en cours ».

Le « défi du numérique », justement : autre question prioritaire pour la plupart des intervenants et dont on sent que, même dans le public, elle ne laisse personne indifférent. « À titre individuel, personnel et égocentrique, j’adore le papier », déclarera un spectateur une fois la parole donnée à la salle, « mais pour les ados, il est mort ». Dans cette assemblée où aucun spectateur ne semble avoir moins de vingt ans, comme parmi les auteurs, on devine que beaucoup ont un rapport affectif aux pages que l’on tourne… et que ces mots font froid dans le dos.

Pourtant, les discours sont résolument pragmatiques et tournés vers l’avenir. Xavier Vanvaerenbergh, de Ker éditions, publie tous ses livres sur les deux supports et explique que « ce ne sont pas les mêmes personnes qui lisent les livres numériques et les livres papier, il n’y a pas d’exode de l’un vers l’autre ». Une chose semble certaine : les supports vont continuer à évoluer, et la société aussi. « Il est plus intéressant de parler de mutation que de crise », analyse Geneviève Damas, auteure et comédienne. À ses yeux, « on assiste à une mutation du lien culturel et social qui unit l’auteur au lecteur ». Plutôt que d’enfermer l’objet livre dans la « librairie forteresse », elle suggère l’ouverture.

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© Sylvain Piraux

Comment gagner sa vie en tant qu’auteur ? lance ensuite Éric Russon. « Je ne pense pas me tromper en disant qu’aucun de nous n’a fait ce métier en pensant devenir riche », commence Alain Berenboom, que personne ne contredit ! « Si on veut remplir son frigo en écrivant, il faut trouver des solutions », confie l'auteure Pascale Fonteneau, qui travaille à mi-temps comme salariée. « Au théâtre, enchaîne Pascal Vrebos, depuis Beaumarchais, les auteurs touchent 12 % des recettes de la vente des places. » Soit très peu, et malheureusement encore moins lorsque des subventions permettent aux théâtres de faire baisser le prix des places. Un « hold-up permanent » qui l’indigne depuis ses débuts : « Il faudrait faire une grève du droit d’auteur ! Les villes seraient silencieuses et noires. »

Les échanges s’achèvent, last but not least, sur une discussion au sujet de la politique du livre en Belgique francophone. Mais en l’absence de représentant de la Fédération Wallonie-Bruxelles – la personne invitée ayant malheureusement dû s’excuser –, on se contente de souligner une série de points problématiques, comme l’incontournable question du budget du livre en Belgique francophone, ou encore le rapport de la Belgique francophone à son cousin français ou à son voisin flamand en matière culturelle. Des questions qu’on serait curieux d’entendre débattues à une prochaine occasion !

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