Mustii devient… musicien, compositeur, auteur et interprète ! Son groupe s’installe dans un univers sombre mais étincelant, froid mais plein de rêves, chaleureux mais blessé.

Les gongs et les chœurs annoncent la voix gorgée du chanteur dans le Studio 4. Les lumières s’élèvent avec l’arrivée épique de l’artiste dans un costume taillé à la mesure du personnage, tissé de noblesse et de vivacité. Les thèmes musicaux sont construits sur la grandeur et les élévations tout en scrutant les profondeurs sonores. Les paroles confessent des expériences universelles, cherchent à relever les déchus, du moins à leur offrir la sensation d’un réconfort…

Face à pareille présence scénique, nourrie par son parcours de comédien et d’acteur (nous avons pu notamment le découvrir dans la Trêve sur la RTBF), défilent des extraits de films retenus par l’artiste lui-même. Et quels extraits ! Entre la cérémonie initiatique d’Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick (1999) comme symbole de luxure, le moment de la tuerie dans Spring Breakers de Harmony Korine (2013) comme étape adolescente et désirable, la scène de domptage de la voiture dans Les nains aussi ont commencé petits de Werner Herzog (Auch Zwerge haben klein angefangen, 1970) qui témoigne de la révolte, et la scène terminale de Melancholia de Lars Von Trier (2011) comme écho de la Safety Zone : toutes ces scènes sont fortes et riches.

 

Spring Breakers
Spring Breakers, de Harmony Korine.

Le lien le plus immédiat émerge alors de l’effort dramatique au sein de la musique et des extraits retenus. Habile à jouer du quatrième mur pour entraîner les spectateurs dans son univers, l’auteur Thomas Mustin construit un personnage multidisciplinaire cerclé de références plus riches les unes que les autres. Le canevas « pop » s’élargit pour proposer une démarche artistique originale dépassant l’apparent cadre musical, dans la lignée assumée de David Bowie.

Pour autant, de ce lien se développe une tension entre l’univers inclusif du chanteur et les extraits, du fait de leur asynchronie. Plus qu’un défaut de rythme, le montage de l’ensemble met à l’épreuve l’attention du spectateur-auditeur coincé dans son siège. La puissance réside aussi dans cette dissémination des références, dans cette non-simultanéité des chansons et des extraits, ce qui ouvre un parcours de traces par lequel l’artiste invite son public à le suivre. En toute humilité, Mustii parle de ses chansons comme d’échos aux morceaux de films et non l’inverse…