L’histoire est connue de tous : le 18 mai 1980, Ian Curtis, le chanteur épileptique de Joy Division, se suicide. À l’aube d’une tournée aux États-Unis et après seulement deux albums en studio, Joy Division n’est déjà plus que du passé. Deux mois plus tard, en juillet 1980, sort l’intemporel Closer.

joydivisioncloserCloser, disque d’une rare beauté enregistré en douze jours, est le second album de Joy Division. Il pourrait constituer l’équivalent musical de l’Enfer de Dante. Tout, ici, est vide ; la musique est un labyrinthe glacial sans issue, les titres saisissent l’auditeur à la gorge, le sol se dérobe. L’écoute de cet album est une expérience marquante, qu’il convient d’aborder avec les précautions adéquates.

L’album débute par Atrocity Exhibition — qui tire son nom d’un roman de J. G. Ballard —, longue plainte d’une violence inouïe. Isolation et son refrain scandé tel un mantra claquent comme une sordide mise en garde : « I’m doing the best I can /... I’m ashamed of the person I am. » Curtis est habité, les mots sont propulsés du plus profond de son âme par la force du désarroi. Tout ce qui suit n’est qu’une kyrielle de questionnements, de tourments, de pureté. Tout est déjà terminé dès que retentissent les premières notes de Passover. Le combat est d’ores et déjà perdu, il n’y a plus rien à attendre. L’ambiance se fait incertaine, tout est plus nauséeux encore ; les titres des chansons constituent les épitaphes parfaites pour un homme rongé par ses tourments. Disque déprimant, angoissé, dans lequel la détresse n’a de cesse d’être présente, Closer est capable de faire sombrer l’auditeur dans une hypnotique mélancolie, parfois même de le pousser vers d’amères réflexions.

La batterie est un parfait métronome, qui nous fait songer à la fuite irrépressible du temps. La basse tresse des mélodies entêtantes, conduisant peu à peu l’auditeur vers l’aliénation. La guitare dessine des paysages musicaux désolés. Le tout est soutenu par la voix caverneuse d’Ian Curtis qui semble déjà avoir quitté les lieux ; car ce n’est plus que l’écho de sa voix qui nous parvient, ses paroles continuant de nager dans l’air, comme sur Heart & Soul.

Les deux dernières pistes, The Eternal et Decades, parfois proches de l’insoutenable, semblent avoir été composées en vue d’une marche funèbre. L’album se termine par ces mots : « Where have they been ? » et les Divisions de la joie abandonnent l’auditeur, le laissant seul face au gouffre, seul avec lui-même, face à un mur de questions. Disque noir, angoissé, Closer est l’ultime frontière avant le vœu final d’abandonner la condition humaine, l’album d’une mouche prise au piège d’une toile d’où il est impossible de s’échapper.

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Joy Division Closer Factory, 1980