Cela fait désormais cinq ans que la bande louviéroise de Romano Nervoso envoie du gros son sur scène un peu partout en Europe. Après un premier album acclamé par le public, sort aujourd’hui Born to Boogie, deuxième opus plus assumé et plus personnel que jamais, jusque dans le single.

L’histoire de Romano Nervoso, c’est celle de pas mal de groupes de musique nés un peu par hasard. Au départ, il y a Giacomo Panarisi, Italien de souche né et élevé à La Louvière qui, après vingt ans de carrière derrière la batterie, décide « un jour de passer au micro et d’appeler des potes pour faire un concert qui devait être un one shot. Contre toute attente, les gens nous ont demandé d’en refaire d’autres. On a donc décidé de continuer ».

Après avoir composé Mangia Spaghetti (de prima qualità), premier titre en italien, le groupe s’est vite lancé dans la production d’un premier album couillu, Italian Stallions, qui sortira en 2011 et lui permettra de tourner plus facilement.

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Quelques dizaines de concerts belges et européens plus tard (dont deux premières parties de Johnny Halliday en France), de nouveaux morceaux émergent petit à petit pour former un répertoire plus cohérent qui aboutira à un deuxième album résolument plus italien, Born to Boogie. On retiendra au passage la déclaration d’amour à Asia Argento et l’hommage à Ettore Scola (« Noi siamo brutti, sporchi e cattivi , geneticamente bastardi, disgustosi e repulsivi »).

« Quand on veut développer un projet original, lance Giacomo, on le fait avec son vécu et ses ressentis. C’est sorti automatiquement. Je me suis dit que j’allais me casser le cul sur quelque chose de personnel ; donc, “allons plus loin dans l’italien et faisons-nous plaisir !” Je me sentais tout à fait à l’aise avec la forme que j’avais choisie et que j’ai appelée “spaghetti rock”, à savoir du texte en italien avec un son anglais. »

Un enregistrement à l’ancienne, en prise directe, au studio Rec’n Roll de Liège avec des grosses grattes, un look glam rock totalement assumé sur scène, des paroles un peu salaces et surtout gueulardes en italien et en anglais, voilà la recette principalement mitonnée par Romano Nervoso sur cette nouvelle galette. Le résultat est un album unique, dont l’originalité tient à cette fusion des genres, avec de grosses surprises comme la reprise en italien d’Aline de Christophe. « C’est un morceau avec lequel j’ai grandi, il a marqué toute une génération. J’ai commencé à le jouer en déconnant et me suis aperçu qu’il sonnait bien en italien aussi. Je cherchais un prénom plus italien qu’Aline et Maria m’a paru approprié. J’ai joué cette version pour la première fois en concert devant des métalleux ; ils ont été plutôt surpris mais ça a marché. Les gens se disaient au début : “Qu’est-ce qu’il fait, ce con ?” ; mais plus le morceau avance et plus il est “rentre-dedans”, c’est un morceau qui prend. Au moment de publier un single, j’ai décidé de prendre tout le monde à contre-pied en choisissant ce blues plutôt qu’un morceau punk-rock. »

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Il est aussi vrai que, tout en restant méchamment festif (le deuxième succès du groupe sur Italian Stallion s’appelait d’ailleurs Party Time), le projet a bel et bien mûri en migrant vers d’autres sphères. C’est ainsi que Giacomo a fait appel à Colonel, un des membres du groupe électro-trash liégeois Party Harders (auteur du mythique The Pope of Dope, le hit belge de l’été 2010 réalisé avec The Subs) pour réaliser Straight out of Wallifornia, en hommage à cette région si souvent tournée en ridicule. « Il existe de gros préjugés envers des villes comme La Louvière ou Liège, qui seraient des villes hyper-dangereuses. On nous prend pour des voyous uniquement en raison de notre ville d’origine, alors je me suis dit que j’allais exploiter le côté gangsta. Straight out of Wallifornia fait un clin d’œil au groupe N.W.A. et à leur morceau Straight outta Compton qui, pour le coup, est réellement un des pires quartiers au monde. On se joue des stéréotypes avec un esprit festif. Au-delà de ça, je pense qu’avec le climat politique actuel, on risque vraiment de se retrouver dans des ghettos wallons. On va certainement en faire un clip prochainement. »

Grande gueule et sûr de lui, Giacomo a su aussi se poser pour se faire accepter. Il considère qu’il doit tout à ce pays qui l’a accueilli et lui a permis de devenir ce qu’il est aujourd’hui. « Mes parents m’ont appris à m’intégrer en comprenant la culture belge, en l’absorbant, tout en sachant que, en tant qu’immigré, il serait difficile de se faire respecter. C’est par la musique que j’y suis arrivé. »

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Avec la logique d’un self-made man, il défend aussi son droit à exister sur la scène musicale et sait qu’il ne doit son succès qu’à sa musique, « pas au copinage avec les gens du ministère de la Culture. On s’est fait à la force de nos couilles et de nos bras, en essayant de jouer sur un maximum de scènes en Europe au lieu de rester à la maison à nous les gratter. Notre objectif maintenant est de devenir un des “headliners” de Belgique. On ne veut pas être un groupe à 500€ qui bouche les trous comme Sharko. Je fais de la musique parce que j’aime ça et je n’attends pas d’être “awardisé” pour en faire. Si le pognon rentre, tant mieux, sinon on fera avec (ou plutôt sans). Le jour où je perdrai l’amour de faire de la musique, j’arrêterai. »

Son amour de la musique, c’est aussi la scène qui l’alimente. Leur release party au Botanique le 22 octobre affichait d’ailleurs complet. C’est donc tout naturellement que Born to Boogie se conclut par In the Name of the Lord, un sacré pastiche religieux — un de leurs tubes, toujours annoncé par un signe de croix en concert — qui est fait un hommage au public. « Quand je dis que “si la scène ressemble à ça tous les soirs, je peux mourir en paix”, c’est aussi parce que la mort est la finalité de tout être humain et que je peux mourir demain, heureux de ce que j’ai vécu. »

Born to Boogie
Disponible chez les bons disquaires en CD et vinyle, ainsi que sur Spotify et iTunes.

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Romano Nervoso Born to Boogie Mottow Soundz 2014