Retour sur The Idiot, album culte d’Iggy Pop qui date de 1977, l’année du No Future, dont le titre évoque le roman de Dostoïevski.

Berlin, 1977 : année de la renaissance pour Iggy Pop. Pourtant, depuis la rupture avec les Stooges, le Godfather of Punk, comme il est surnommé, alterne séjours en hôpital psychiatrique avec défonces gargantuesques à la cocaïne. Iggy est lessivé, à vif, il a totalement sombré. Musicalement, il ne vaut plus grand-chose, comme en témoignent ses performances douteuses et de très mauvais goût dans lesquelles il n’hésite pas à se mutiler à l’extrême.

Un terrible constat s’impose alors : Iggy est fini.

Iggy Pop et David Bowie en Allemagne, mars 1977. Photo © Evening Standard/Getty Images.
Iggy Pop et David Bowie en Allemagne, mars 1977.
Photo © Evening Standard/Getty Images.

C’est à ce moment-là que réapparaît David Bowie. Le Caméléon et l’Iguane vont à nouveau travailler ensemble après l’épisode Raw Power. Iggy sort enfin la tête de la coke et tente de reprendre sa carrière en mains. Cela aboutit à The Idiot, premier album de cette période « berlinoise » qui en compte cinq : deux pour Iggy et trois pour Bowie.

Berlin, ville schizophrène, est le parfait décor pour ce disque de rock urbain : décadent par moments, empreint de noirceur, aux ambiances moites et glauques. L’histoire retient que l’un (Bowie) compose la musique alors que l’autre (Iggy) écrit les paroles. C’est sans doute vrai, bien qu’ils alternent les rôles, comme par exemple dans « Dum Dum Boys », où le Pop compose, ou encore dans « Sister Midnight », où les paroles auraient été écrites par Bowie. Nul besoin cependant d’entrer dans des débats d’érudition, dans des démarches universitaires : la coopération entre les deux hommes est parfaite.

The Idiot est de très bonne facture. Il pourrait constituer la rencontre entre James Brown et Kraftwerk, comme le dit Iggy lui-même. On se trouve ici à des années-lumière du rock turbulent et furieux qui animait la musique des Stooges.

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L’album débute par « Sister Midnight », chanson à l’imagerie œdipienne. Viennent ensuite « Nightclubbing », « Funtime », « Tiny Girls » : on part draguer, d’accord, mais dans des décors postindustriels désabusés, où finalement le seul remède efficace serait la défonce. « The walls close in and I need some noise », chante-t-il dans « Nightclubbing ». Iggy semble se remettre petit à petit d’une gueule de bois monumentale à base de coke, d’alcool et de regrets. À moins qu’elle ne soit éternelle.

On sent en tout cas qu’il a mûri, sa voix est plus grave, suave quand il le faut, exprimant clairement ses envies et ses doutes. Le son des compositions est métallique, comme l’ambiance des villes industrielles : mornes, outrageusement froides, terriblement banales et sordides. Ses anciens comparses des Stooges sont évoqués dans « Dum Dum Boys », une des meilleures chansons de l’album, dans un style qui ne sera plus visité dans la suite de sa carrière.

« Tiny Girls », la piste suivante, sonne terriblement mal : l’ambiance paraît fausse, le chant mal assuré, le tout demeure maladroit. Il s’agit sans doute là de la moins bonne chanson de l’album, peut-être même celle de trop.

The Idiot s’achève sur « Mass Production », long cri perçant dans la nuit. Cette chanson effrayante, sous le signe du chaos, atteste d’un profond dégoût de la vie : celui de la misère de la condition humaine. Il n’est sans doute pas étonnant qu’Ian Curtis, chanteur de Joy Division, ait écouté cet album à plusieurs reprises avant de se donner la mort.

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Iggy Pop The Idiot RCA, 1977