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Certaines chansons émeuvent, parfois jusqu’aux larmes retenues : Don’t Give Up de Peter Gabriel, Toulouse de Nougaro… Au fond de soi et à fleur de peau, on sent pourquoi. Pour moi, c’est surtout Won’t Get Fooled Again des Who.

C’est une affaire de contrastes : les sons électroniques de l’intro, faussement optimistes, et les riffs bruts et acérés de Pete Townshend, qui rythment le morceau, le désir récurrent d’un vers-l’avant et la lourdeur des désillusions, l’assurance de la voix et le tranchant des guitares, les éboulements et les ralentissements, les pauses et les explosions, le son pointu et confus, la batterie de Keith Moon, implacable et lyrique. Et surtout, après un faux répit, la relance et la chute : le cri de Roger Daltrey à 7’44 — déchiré. Et le morceau qui paraît repartir, pour avorter, définitif. Du tragique pur, qui atteint l’âme. Si comme à moi les larmes vous viennent à chaque fois, vous savez. Par les temps qui courent, notre condition a son hymne.