En cette soirée du 2 mars 2015, le ciel crachouillait sa sempiternelle pluie fine et froide made in Belgium sur les gens de bon goût pélerinant vers l’entrée du 236 rue Royale. La raison ? Les Californiens de Two Gallants venus titiller la scène du Bota1. Ce coup-ci, c’est pour défendre leur cinquième opus, We Are Undone, sorti en janvier dernier ; et c’est par notre plat pays que le duo a décidé d’entamer sa tournée EU-US.

source - site des two gallants www.twogallants.com


Ils ont d’ailleurs profité de leur passage dans notre capitale pour offrir un live de leur titre Broken eyes face aux caméras du vivifiant projet « Bruxelles ma belle », qui fournit copieusement et régulièrement des live acoustiques d’artistes locaux, ou de passage chez nous, dans des lieux insolites.

Mais revenons-en à nos croûtons.

traams_paris_20131202_01En charge de la première partie, Theo Verney, triptyque rock classique (guitare-basse-batterie), se met à l’ouvrage avec ponctualité. Interpellé par les décibels, le peuple, tels des animaux abandonnant leur point d’eau (le bar, donc), commence sa migration (partiellement) vers l’Orangerie, dans un calme de trentenaires. Ce public encore clairsemé n’a pas l’air de gêner plus que ça les Britanniques qui s’affairent sans détours. Car en effet, ce qu’on peut dire de Theo Verney, c’est qu’ils vont droit au but et qu’il n’y a (vraiment) pas de fioritures : batterie bien bourrine, back vocals très approximatifs, compositions linéaires, voire minimales ; bref, au bout de quatre chansons, on sent malheureusement qu’on a déjà fait le tour… Et lorsque mon accompagnatrice me lance un « C’est ça, alors, du garage rock ? », je lui bazarde un « Oui, effectivement ; enfin du fond du garage plutôt » bien senti. Une réponse qui n’a finalement pas plus de sens que d’intérêt, mais bon, c’est comme ça, on ne peut pas briller à chaque fois.

Tandis que je continue à méditer sur les nombreuses meilleures réponses que j’aurais pu fournir à cette interrogation toute légitime, nous revoilà déjà hors de la salle, histoire de se réhoublonner l’esprit et de se mettre dans les meilleures dispositions pour la suite. On trépigne.

Parce qu’autant vous le dire tout de suite, les Two Gallants, ce sont des bêtes de scène : la personnification même du principe de prestation musicale cathartique. Un engagement sans concessions, des morceaux où s’entrechoquent violence extrême et douceur mélancolique, où mélodies complexes et voix éraillée et puissante se mêlent à la fureur d’un batteur exceptionnel. Mais, surtout, ils transpirent la sincérité et la complicité : faut dire qu'Adam Stephens et Tyson Vogel sont amis depuis le berceau. Bref, tous les ingrédients d’un grand groupe de rock.

 © Patrick Principe
© Patrick Principe

Pourtant cette fois-ci, dès la première chanson, quelque chose ne sonne pas juste… Manque d’énergie et d’implication, voix fatiguée du chanteur, le groupe a l’air absent. On se dit d’abord, pour se rassurer, que ce n’est que la première chanson. Parfois, il faut un peu de temps aux artistes pour se chauffer avant d’envoyer la sauce. Mais les chansons s’enchaînent, mécaniquement. Même dans leurs interactions avec le public, le courant ne passe pas vraiment. La distance est bel et bien présente. Et lorsqu’ils atteignent un moment plus calme de leur set, ils ne parviennent pas à dégager de réelle émotion tant ils jouent leurs ballades folk si lentement que ça vire presque à la berceuse. Même lorsque Adam s’essouffle dans son harmonica, son jeu semble dénué d’âme. Vous l’aurez compris, la déception, malheureusement à la hauteur de l’attente, est énorme ; comme si leur feu sacré s’était éteint. Tristesse.

Mais qu’on se le dise, Two Gallants est un groupe incroyable. Et pour ceux qui en douteraient, laissez-moi vous proposer trois arguments de taille, respectivement tirés de leurs albums The Throes (2004), What the Toll Tells (2006) et Two Gallants (2007) : Crow Jane, Las Cruces Jail et Reflections Of The Marionette.

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C’est bien pourquoi, malgré cette très désagréable impression de service minimum, il ne faut absolument pas les bouder ! Car je continue de penser (ou d’espérer) que cette prestation n’était qu’un accident de parcours. Quand on trébuche, il faut savoir se relever ; et les Two Gallants ont assurément le talent et le caractère pour.

À charge de revanche, les gars !


  1. Pour la huitième fois en moins de dix ans, rien que ça.