Cela fait maintenant plusieurs mois qu’André Dussollier se produit sur scène avec l'adaptation de Novecento : pianiste, un monologue d’Alessandro Baricco. Comme les vagues de l’océan courant le long du paquebot Virginian, les années ne semblent pas affecter l’acteur qui reste toujours aussi dynamique.

novecento christian Ganet afficheÀ 69 ans, Dussollier compte à son palmarès 3 Césars et plus de 135 films, dont certains sont signés de grands réalisateurs comme Resnais, Rohmer et Truffaut. Cependant, cet ancien pensionnaire de la Comédie-Française reste un amoureux du théâtre et un véritable comédien. Littéraire de formation, le diplômé en langues modernes avait été séduit, comme beaucoup d’autres comédiens, par la lecture de Novecento : pianiste. Un monologue : d’Alessandro Baricco. Cet auteur italien se distingue par une écriture très rythmique, quasiment musicale. Plus qu’une simple lecture, Dussollier nous offre avec sa voix basse et apaisante une véritable adaptation poétique comme la musique de la Nouvelle-Orléans.

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© Christian Ganet

L’histoire est celle d’un pianiste orphelin, né sur un transatlantique, abandonné et recueilli par un marin qui lui donna le nom de Novecento. Ce dernier n’a jamais mis pied à terre. Il a aussi la réputation de jouer une musique merveilleuse, d’être le plus grand pianiste de tous les temps. « Il l’était vraiment, le plus grand. Nous, on jouait de la musique, lui c’était autre chose. Lui, il jouait… quelque chose qui n’existait pas avant que lui ne se mette à le jouer, okay ? » dit le trompettiste du band du navire, son seul ami et narrateur. Ce texte, un peu comme Mr Gwyn, le dernier roman de Baricco, est un conte qui questionne la place de l’artiste dans notre société. Novecento représente cet artiste replié sur son œuvre, vivant de l’art pour l’art, qui refuse de s’ouvrir sur l’infinité du monde pour rester sur le fini de son paquebot, sur les 88 touches de son piano : « Berçant notre infini sur le fini des mers », il incarne ce vers de Baudelaire dans Les Fleurs du mal.

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© Christian Ganet

Dussollier interprète ce trompettiste qui raconte ses années où il jouait avec Novecento sur le Virginian. Dans ce monologue, ou plutôt, dans cette confession, il passe avec fluidité d’un personnage à l’autre, du capitaine au soi-disant inventeur du jazz, Jerry Roll Morton. Il interagit avec le quartet de jazz composé d’une trompette, d’un piano, d’une batterie et d’une contrebasse. Dussolier a d’ailleurs confié dans Le Monde (14/11/2014) qu’il n’envisageait pas de monter cette pièce sans musique afin de « dire avec émotion, quand, parfois les mots ne suffisent plus ». Le band, sans qui le spectacle perdrait beaucoup de chaleur et de swing, interprète des standards d’époque. Le pianiste (Elio di Tanna), personnage muet, impassible, de noir vêtu, représentant Novecento, donne un avant-goût de ce que pourrait être la musique de Novecento, avec ses envolées pianistiques sur du Bach et sur les Gymnopédies.

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© Christian Ganet

Dussollier adapte Novecento : pianiste avec plus de légèreté et d’humour que le roman. Il a même demandé à l’humoriste belge Stéphane de Groot d’écrire le speech du présentateur du paquebot. Dans une mise en scène très simple, la star du cinéma français nous berce d’illusions le temps d’une traversée de l’Océan, le temps d’une amitié entre un jeune homme et un artiste génial. Pour conclure avec les mots de Barrico : « Tout n’est pas complètement fichu, tant qu’il reste une bonne histoire, et quelqu’un à qui la raconter. » Et comme c’est bon pour le public quand une histoire est emmenée de manière aussi magistrale.

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Novecento Texte d'Alessandro Baricco Jeu et mise en scène d'André Dussollier Adaptation française de Gérald Sibleyras et André Dussollier, avec la collaboration de Stéphane De Groodt Mise en scène et scénographie Pierre-François Limbosch Images, création et direction musicale de Christophe Cravero Pianiste, Elio Di Tanna Trompette, Sylvain Gontard Batterie et percussions, Michel Bocchi Contrebasse, Olivier Andrès