Du 19 au 28 janvier 2017, Petit Eyolf, de Henrik Ibsen, est présenté au Théâtre de la Vie. Ce drame philosophique en trois temps, mis en scène par Dominique Llorca, plonge le spectateur dans l’intimité d’un couple noyé par le remord et endeuillé par la mort de leur fils.

Que reste-t-il quand tout s’effondre ? Dans l’adaptation du metteur en scène, dont le spectateur est pris comme témoin direct, la question plane au-dessus des esprits. Elle s’accompagne d’une réflexion analogue sur la reconstruction de l’individu, quand ses repères s’effondrent et quand la sécurité de ses rapports sociaux est mise à mal.

Pour impliquer le spectateur au cœur du drame et du jeu d’acteur, afin de lui faire sentir directement et en toute confidence les liens étroits qui régissent la famille du petit Eyolf, le choix du Théâtre de la Vie semble idéal. Petit et modulable, l’espace est ici disposé pour que l’acteur soit proche du spectateur. Sur trois des quatre côtés de la scène, une à deux rangées de sièges sont alignées. Elles accueillent une quarantaine de spectateurs privilégiés, invités à partager un moment intime en compagnie des comédiens.

Photo © Laetitia Noldé.
Que reste-t-il quand tout s’effondre ? Photo © Laetitia Noldé.

L’espace lui-même n’est pas le seul moyen utilisé pour rapprocher la fiction du réel. Le texte, retravaillé par le metteur en scène, utilise un langage courant pour une classe sociale bourgeoise. Et les acteurs l’interprètent de la façon la plus naturelle possible.

Dans le Petit Eyolf, rien n’est caché. Il n’y a pas de coulisses et tout est là pour rappeler au spectateur qu’il est au théâtre. La tarte aux pommes qui cuit dans le four et sent délicieusement bon amplifie le décalage qu’il y a entre le temps de la fiction et le temps réel. Les acteurs qui attendent leur tour sur un banc, en simples observateurs de l’action rappellent qu’ils sont présents pour jouer un rôle. Le texte qui, de temps en temps, est narré plutôt qu’interprété, les lumières déclenchées par un comédien au vu de tous, la scénographie épurée plutôt que réaliste, les interactions avec le public... Il en résulte une certaine distanciation par rapport à l’histoire en elle-même, animant un écho réflexif dans la réalité de chacun. Car il est important de ne pas rester uniquement dans le récit et de ne pas le prendre pour argent comptant ; il est nécessaire de le dépasser, d’aller au-delà.

L’acteur et le texte sont le cœur et la tête du spectacle. Les autres éléments scénographiques (décor, musique, lumières) sont réduits à peau de chagrin. Cette mise à nu évite les artifices pour ne garder que l’essentiel : le texte. Cependant, un habillage sonore et lumineux, utilisé comme « sur-texte », autrement dit comme prolongation des dires, donnerait corps au spectacle et éviterait certaines longueurs.

Singulière et ancrée dans son temps, ce Petit Eyolf est un moment de partage, une rencontre éphémère entre l’auteur et sa mise en scène, entre l’acteur et le spectateur, entre la fiction et le réel. Et si vous n’en êtes pas convaincu, la convivialité du lieu, dont les portes sont ouvertes au dialogue, vous fera peut-être changer d’avis !

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Petit Eyolf Écrit par Henrik Ibsen Mis en scène par Dominique Llorca Avec Adrien Desbons, Emile Falk, Sarah Messens, Céline Peret et Anne-Sophie Sterck Vu le 17 janvier 2017 au Théâtre de la Vie.