Dans Saison 1, Florence Milder s’appuie sur tous les clichés d’une série télévisée pour en faire ce qui semblerait être une parodie. Bienvenue dans un voyage entre différentes couches de la réalité, à vivre du 14 au 16 février 2017 au Festival de Liège

 

Irène Madson est hygiéniste dentaire et, tous les jours, lors de sa pause de trois minutes entre un client en un autre, elle rêve de voyager. Afin d’échapper à l’ennui et de se retrouver elle-même, elle décide de partir dans la forêt équatoriale. Mais une fois là-bas, lors d’une excursion, elle se fait séquestrer, avec d’autres touristes, par un groupe de rebelles. Elle vivra une série de mésaventures qui l’amèneront à devoir survivre dans la jungle dans l’espoir d’être sauvée un jour.

Florence apporte un nouveau concept, la « série théâtrale », clin d’œil à la culture populaire qui fait de suite rire le public. Elle se dirige directement au public et, de cette façon, installe un code de jeu spécifique, dans lequel nous nous sentons directement concernés. Les mots « streaming » et « source » – en parlant d’elle-même – ainsi que l’énonciation de partenariats imaginaires créent une complicité immédiate avec le spectateur.

Au début, nous suivons attentivement la trépidante histoire de cette touriste. La comédienne lit le récit sur son ordinateur, texte qu’elle a écrit à la première personne et qu’elle déclame en étant de plus en plus entraînée dans la trame. Elle fait les voix des autres personnages, raconte les pensées et souvenirs de la protagoniste ; toutes les références typiques du narrateur omniscient sont présentes. La narration est très réaliste, tout est décrit avec précision et détails. Le spectateur se sent très proche de cette Irène, qui partage ses pensées les plus intimes et qui, malgré les circonstances, reste très drôle.

Mais nous n’entendons pas uniquement la voix d’Irène. Assez vite, la comédienne interrompt la narration pour en faire des modifications et reprend son dialogue avec le public.

Ce n’est que le début. À chaque fois que nous sommes confortablement installés dans une des couches de l’histoire, Florence nous fait sauter vers une autre, en se servant de l’ironie comme d'un outil, le tapis volant qui lui permet de voyager entre ses différentes narrations. En effet, le sarcasme et l’humour, à certaines occasions très crus et surtout très autocritiques, sont omniprésents et facilitent l’immersion du public dans un spectacle qui, autrement, serait très complexe.

Telle une narratrice schizophrène, Florence laisse les différentes histoires s’interrompre et prendre le dessus sur le discours. Ainsi, au début du deuxième épisode, elle se propose pour raconter le reste de l’histoire à la troisième personne, mais, paradoxalement, elle adopte le costume de son personnage et commence à jouer les actions décrites dans la trame.

Le jeu entre réalité et fiction va très loin. Elle se permet de faire des commentaires sur le public, la trame, la vie d’Irène, mais aussi des réflexions sur ce monde, la recherche de la vérité, la quête d’une vie réelle. Elle alterne avec les inquiétudes et vécus de son personnage, ce qui démultiplie les voix.

Photo © Valériane Poidevin.

Telle une narratrice schizophrène, Florence laisse les différentes histoires s’interrompre et prendre le dessus sur le discours. Photo © Valériane Poidevin.

Pourtant, le spectacle renferme un message essentiel, au-delà de la volonté de confondre les spectateurs. Il y a, derrière les péripéties et les blagues, un questionnement, une critique de la société, une volonté d’échapper à une situation angoissante pour arriver à se trouver soi-même. Florence, comme Irène, cherche à fuir le destin ainsi qu’à prouver qu’elle est capable de beaucoup plus. Elle construit son personnage, mais se construit elle aussi, en faisant sauter les engrenages de l’histoire ; en mélangeant les composants de la réalité avec ceux de la fiction, jusqu’au point où créatrice et objet ne font qu’un.

Il y a aujourd’hui dans le théâtre, mais surtout dans les médias et réseaux sociaux, une utilisation abondante de l’humour comme instrument pour combattre les injustices. C’est le cas de Saison 1, où il est question de désespoir, d’échec et de recherche d’une forme idéale pour l’expression d’un défoulement, thème qui est toujours traité avec une frappante légèreté. Il est vrai que l’humour est une arme puissante, qui s’appuie sur la complicité entre les gens, mais elle peut aussi servir de défense, de bouclier face aux choses dont on n’ose pas vraiment parler.

C’est dommage, mais ce spectacle semble éviter le nœud des problèmes qu’il évoque, et préfère s’attarder sur une grande variété d’histoires, très drôles certes, mais parfois très anecdotiques. Florence n’arriverait-elle pas tout à fait à sortir de sa cachette ?

Par contre, le jeu entre les différentes réalités reste impressionnant, tout comme les acrobaties qui les relient. Telle une équilibriste de cirque, Florence saute d’un narrateur à l’autre sans le moindre signe de vertige. Mais surtout, elle ouvre la porte à un nouveau genre de spectacle, la série théâtrale, qui mériterait d’être exploré.

 

Florence Minder était passée par le théâtre de l'Ancre à Charleroi :

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Saison 1
Mis en scène par Florence Minder
Assistée de Julien Jaillot et Elisa Lozano Raya
Avec Sophie Sénécaut, Pascal Merighi et Florence Minder
Création sonore de Guillaume Istace

Vu le 19 janvier 2017 au Théâtre National
À voir au Festival de Liège les 14, 15 et 16 février 2017.