Claudio Bernardo… Un seul homme pour une scène. Le danseur, chorégraphe de la compagnie As Palavras depuis vingt ans, se donne entièrement au public du 12 au 21 décembre au Petit Varia. Chaque soir, il aura un peu plus d’une heure, pour parler d’un homme et des amours qui le traversent : l’amour de la danse, l’amour d’un métier, l’amour universel et intime. Un amour sublimé par le souvenir.  

Les premières secondes de Só20 sont des mots d’amours projetés sur un écran, ceux qu’il a reçu à seulement vingt ans (Só20) de son amour passé Stella de Mello… Je ne me souviens plus des mots, malgré leur poésie. Je n’y parviens pas, car au-delà de l’intensité de la déclaration, je veux regarder cette projection de dunes et d’océan juste au-dessus des surtitres. Simultanément, j’aperçois Claudio Bernardo se dessiner dans l’encadrement d’une porte en fond de scène puis avancer sereinement sur le plateau jonché de draps anthracites. La lumière est tamisée, Claudio plie soigneusement une dizaine voire une vingtaine de morceaux de tissus avec la précision du danseur qu’il est. Ses gestes sont propres, incorporés, presque tendres, le texte continue de défiler sur l’écran, mon œil hésite : Claudio, la mer, le texte, les dunes, Claudio, le tracé des draps sur le sol sous la lumière tamisée, le texte, Claudio… L’angoisse s’empare de moi, en ce moment poétique, je ne sais que choisir.

Après la poésie, la lumière éclate sur le plateau, Claudio ouvre la bouche, il s’adresse au public très directement, comme un animateur de camp de vacances qui rencontre pour la première fois son groupe. Le danseur devient orateur, il se présente, il parle de lui, de sa vie, de son métier, de ce qui fait naitre la passion, de ce qui le passionne, il en parle avec des mots simples, mais généreux.

Entre souvenirs sublimés, dialogue avec le public, retour sur la matière qui a porté tout un spectacle, réflexions sur le métier de chorégraphe… Claudio nous inonde de tout son être, il tente de nous emmener presque dans son corps et dans son existence. En suivant ses mots, je suis emmenée dans une course folle au centre de sa vie.

Le chorégraphe donne tout ce qu’il peut nous donner de lui avec les mots, avec la danse, mais aussi avec le jeu. Chaque souvenir et chaque rencontre sont expliqués, rejoués, mimés. Ensuite, il se tait et laisse à nouveau parler son corps, cette fois par la danse. Chaque moment de vie m’est presque offert trois fois : par la bouche, par le jeu, par la danse.

Parfois dans cette chevauchée sauvage, un moment de calme se fait. Claudio retourne vers les draps qui restent sur le sol, et continue de les plier. Un moment d’apaisement, tout en activité.

Entre discours, chorégraphie et moments de calme, la lumière change, tantôt bleue, tantôt comme une douche froide sur une table, elle nous offre une quatrième lecture de l’information. Tout est limpide. Les moments de poésie eux-mêmes deviennent clairs, on les voit arriver puis repartir.

Rien ne dure et d’un moment de calme, on se retrouve plongé dans une interview surtitrée. Mon œil hésite toujours à regarder le chorégraphe plier les draps, mais je tiens bon, je lis. La projection fait partie du spectacle et j’essaie de la prendre comme elle vient, parfois seule, parfois accompagnée de Claudio, parfois liée à un texte… Elle vient s’ajouter à la forme et d’un coup, lorsqu’elle apparaît, j’ai l’impression que mon camarade de colonie de vacances me tient par la main et me crie « regarde » en pointant du doigt ces projections, j’ai la sensation d’avoir tant de choses à découvrir et si peu de temps…

Le solo de Claudio Bernardo, n’est pas un simple solo de danse, c’est un seul-en-scène où l’homme tente de nous faire danser mais aussi de nous dire, de nous faire voir, de vous faire sentir, de nous faire lire, de nous faire entendre, de nous montrer son histoire et sa façon d’aimer. Le désir de partager son parcours et son amour est limpide. Les traces de ce parcours, l’existence de cet homme transpirent sur le plateau par tous les médias disponibles : le texte, la musique, la lumière, la parole, le jeu, la danse, la vidéo. Claudio Bernardo m’a pris par la main et m’a fait courir au travers de sa vie et au sortir de la salle, c’est comme un rêve fou, j’ai tout vécu trois fois mais le souvenir se dissipe si vite.

J’oublie, le début, j’oublie la fin, je me souviens du débit, de la course, des informations, de Claudio, je perds le fil.

Si Claudio avait plié des draps pendant une heure sans parler, j’aurais vu ce que j’ai deviné dès les premiers plis : le chorégraphe manipulant les corps en leur donnant la forme qu’il imagine, qu’il rêve. Je l’aurais regardé et j’aurais été séduite.

Si Claudio avait plié des draps pendant une heure, j’aurais gouté à l’amour et à la précision, j’aurais observé l’homme qui a aimé, l’homme qui a rencontré les plus grands et a su les écouter dans chaque geste.

Si je ne devais retenir qu'une seule chose du spectacle, ce serait Claudio Bernardo pliant des draps, un par un, les faisant quitter le plateau à son rythme.

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Só20

Mis en scène et chorégraphié par Claudio Bernardo (As Palavras)
Avec Claudio Bernardo
Assisté par Anne-Cécile Massoni
Vidéo créée par Cristina Dias
Avec les voix de Stella de Mello, Pier Paolo Pasolini
Décors de Arnaud Paquotte, Fred Op de Beeck
Archives de Claudio Bernardo, Cristina Dias
Musique montée par Maxime Denuc

Du 12 au 21 décembre 2017 au Petit Varia
Vu le 12 décembre 2017.