nat-dasChoisir un spectacle, réserver sa place (ou pas), se déplacer à pied, en bus, en tram, en voiture, entrer dans un lieu, une architecture à chaque fois singulière qui témoigne d’une mission culturelle, chercher sa place, être à côté d’autres personnes qui ont comme nous choisi, réservé, se sont déplacés, former une communauté de spectateurs, regarder, percevoir, rire, pleurer, s’étonner, être dérangé, suivre le fil, relier des significations pour créer du sens, comprendre, ou ne rien comprendre, et puis, le spectacle terminé, rester avec les traces laissées par les sensations reçues, par la musique des mots, s’interroger seul ou à plusieurs, parfois autour d’un verre, mettre des mots sur ce qu’on a vu, donner des bribes de réponses sur l’être humain ou sur le monde dans lequel nous vivons ; penser.

Karoo veut témoigner de la vitalité de la fonction critique du spectateur et donner la parole à ces personnes qui se sont mises en mouvement, géographiquement et mentalement. Ainsi, à travers le regard des rédacteurs, nous tenterons de questionner l’Homme, l’amour, la politique...

Une de nos rédactrices, Salomé Frémineur, choisira des spectacles qui croisent théâtre et matière politique. À travers son regard philosophique, elle interrogera la politique par le théâtre, et le théâtre par la politique. Comment s’empare-t-on d’une matière politique ? Comment en fait-on un objet théâtral ? Pour ne dévoiler qu’un spectacle de sa sélection, on citera Une création du Raoul Collectif au Théâtre National, une réflexion autour de la notion de groupe.

D’autres rédacteurs tisseront un fil thématique autour de l’amour toujours. Deux pièces de Marivaux sont montées cette année, l’une par Valentin Rossier au théâtre Le Public, la Seconde Surprise de l’amour, l’autre par Emmanuel Dekoninck à l’Atelier 210, la Dispute. Au Théâtre National, Coline Struyf met en scène la magnifique lettre d’amour du philosophe André Gorz à sa femme dans Lettre à D., histoire d’un amour. Dans le domaine de la danse, Wim Vandekeybus traduit en mouvements les désordres amoureux au KVS dans Speak Low if You Speak Love.

Karoo sera aussi attentif à mettre en valeur les écritures dramatiques d’ici et d’ailleurs. On profitera des spectacles de la saison pour vous présenter un auteur ou un collectif. On pense tout particulièrement à l’Enfant sauvage de Céline Delbecq à l’Atelier 210, ainsi qu’à Si tu me survis du collectif Clinic Orgasm au Varia.

Karoo s’intéressera bien entendu à l’actualité théâtrale des différentes scènes belges, à Bruxelles mais aussi à Charleroi, Namur, Mons et Liège, selon les envies des rédacteurs. On collabore avec l’Éden de Charleroi qui a pour devise « le paradis, c’est ici ». C’est pourquoi on ira voir pour vous le clownesque Six Pieds sur terre de Jean-Luc Piraux, qui s’interroge sur notre fin de vie, et Ceux que j’ai rencontrés ne m’ont peut-être pas vu, en coprésentation avec L’Ancre, une création engagée sur les personnes migrantes.

Nous suivrons aussi les festivals qui ponctuent l’année : Les Météores, un festival international jeune public au Varia, Tremplin au Théâtre de l’Ancre à Charleroi, un lieu d’accueil de la création émergente, le XS, au Théâtre National, qui présente des petites formes, le Kunstenfestivaldesarts, qu’on ne présente plus, le Festival international des marionnettes de Charleville-Mézières.

Ce sera l’occasion pour nous de faire un état des lieux de la marionnette aujourd’hui. Omniprésente dans le théâtre jeune public, elle est par excellence objet transitionnel qui permet de mettre à distance le propos. On aura l’occasion d’explorer le travail de personnalités qui consacrent leur énergie et leur talent à la confection et à la manipulation de marionnettes : Dimitri Jageneau, Agnès Limbos, Valentin Perilleux.

Nous ferons aussi de la place à l’opéra. Héloïse Copin s’intéressera pour nous à la programmation de La Monnaie. Une façon aussi de rendre accessible l’art lyrique, en le sortant de sa tour d’ivoire. La Monnaie propose une saison extra muros, pour cause de travaux.

Enfin, Karoo présentera les spectacles du parcours critique proposé par Indications. On vous parlera donc de Crever d’amour d’Axel Cornil, mis en scène par Frédéric Dussenne au Rideau, qui revisite le mythe d’Antigone ; de Synovie de Gazon-Nève et Cie au Théâtre de la Vie, qui traite de la maladie avec extrêmement de poésie ; de Schitz d’Hanokh Levin au théâtre Les Tanneurs, une farce sur l’omniprésence de l’argent ; du Grand Cirque de Simon De vos au KVS, un texte qui prend appui sur des archives de l’affaire Dutroux.

Karoo vous souhaite une saison théâtrale pleine de mouvements, de rebondissements de la pensée, de cheminement critique.