© Martha Wilson, « Halifax » (1972)

Fond d’écran, c’est une image, une peinture, une photo… En quelques lignes, pourquoi et comment elle a laissé une empreinte indélébile sur votre rétine ! La plateforme f/75, regroupant des photographes s'identifiant comme femmes, non-binaires ou non-cisgenres, se prête au jeu et se penche sur le travail de concitoyen·nes.

La protagoniste de cet article se nomme Martha Wilson. Photographe et performeuse féministe, elle n'hésite pas à marier ces deux techniques dans sa pratique artistique. Aujourd’hui âgée de 74 ans, son travail n’a rien perdu de sa force aux yeux de la société.

Le style de Martha Wilson ne s’inscrit ni dans les traces de la straight photography en recherche constante de l’objectivité et du réalisme, ni dans celles de la street photography, qui recherche perpétuellement la scène hasardeuse et spontanée. Car ce n’est pas la précision des formes ou la lumière, un sujet des plus épurés, qui choquent les spectateurs. Elle crée plutôt un instant décisif à l’instar de la street photography, mais à travers des autoportraits, qui illustrent son point de vue sur la notion de beauté dans la société des années 1970, mais aussi sur la place de la femme dans la société.

Changeant d'apparence à chaque prise de vue, mais aussi dans ses mises en scène, Martha Wilson privilégie une idiosyncrasie propre à chaque personnage qu'elle crée, qui nous interroge frontalement : qui est-ce ? Une femme ? Un homme ? Quelle est son identité ? Beauté ? Laideur ?

Cet arrêt chez le spectateur ouvre une réflexion profonde et semble nous dire cruellement et avec ambiguïté que nous ne sommes pas. Ces transformations physiques radicales créent en nous un doute de jugement, de certification sur qui elle est vraiment, voire même si c’est bien d’elle qu’il s’agit.

Cette démarche illustre à quel point des notions comme le genre ou la beauté ne sont que des idées, des conventions, car toutes ces caractéristiques peuvent changer à tout moment. Une démarche dont les futurs historiens de l’art diront peut-être que Martha Wilson a été un jalon déterminant.

Emeline Di Verdi