À l’occasion de la sortie prochaine au cinéma de Bienvenue à Marwen de Robert Zemeckis, Karoo se penche sur Mark Hogancamp, artiste au cœur de l’intrigue du film et sur le photographe David Levinthal. Tous deux ont fait de leurs jouets les cibles préférées de leur objectif.

Le 8 avril 2000, Mark Hogancamp, un ancien soldat de la Navy, est tabassé par cinq hommes à la sortie d’un bar parce qu’il aime se travestir. Après neuf jours dans le coma, il s’en sort miraculeusement malgré de graves séquelles : il ne lui reste que très peu de souvenirs de sa vie passée. Lorsque son assurance cesse de financer sa rééducation, il se réfugie chez lui et crée dans son jardin Marwencol, un village belge de l’époque de la seconde guerre mondiale à l’échelle 1/6e, qu’il peuple de poupées Barbie œdipiennes et d’Action Men en costume de guerre.

Mark Hogancamp, série Marwencol

À travers son alter ego, la poupée articulée du Capitaine Hogie, un pilote de l’Armée américaine, Hogancamp mêle histoire contemporaine, intrigues nazies et fantasmes inavouables. Customiser ses poupées et ses décors est une thérapie, photographier ses saynètes avec son vieux Pentax une évidence.

Hogancamp exprime une vision manichéenne du monde : son héros de guerre est entouré de nymphes mystérieuses et vengeresses se battant contre les démons sous les ordres d’Hitler. Lorsqu’il tue fictionnellement les SS, il se venge de ses agresseurs. Et cela jour après jour pour apaiser sa colère. Hogancamp survit et vit par procuration. Sa pratique est cathartique à l’instar de Louise Bourgeois : il y a une réelle urgence à la création.

Mark Hogancamp, série Marwencol

Comme Mark Hogancamp, le photographe David Levinthal a également jeté son dévolu sur des jouets d’enfance, mettant en scène petits soldats, poupées Barbie et figurines de cowboys. Ses photographies sont réalisées en intérieur : la lumière est millimétrée pour que les ombres et les flous puissent animer les figurines.

Levinthal fait référence aux troupes allemandes de la Seconde Guerre mondiale dans les tableaux des séries Hitler moves East et Mein Kampf et n’hésite pas à porter un regard subversif sur la figure de Barbie, poupée pourtant asexuée qui invite les jeunes filles à adopter une position de soumission et d’innocence. Dans Bad Barbie, Desire et XXX, elles deviennent ainsi objets de fantasmes sexuels fétichistes.

David Levinthal, Untitled, from the series Hitler Moves East

Les images des deux photographes américains peuvent être comparées au travail de photomontage d’Olivier Rebufa, qui se représente, non sans autodérision, en pleine parade amoureuse pour séduire Barbie.

À partir de la moitié des années 80, Levinthal s’est également intéressé à un autre jouet iconique : la figurine de cowboy. À travers ses images, ici réalisées au polaroid, Levinthal retrouve les sensations de son enfance en jouant la carte du souvenir, du rétro et pose un nouveau regard sur le mythe du cowboy, dont la figure d’aventurier blanc et macho y est glorifié.

Laurie Simmons, Man/ Blue Shirt/ Red Barn, 1979

La photographe Laurie Simmons et les réalisateurs Stéphane Aubier et Vincent Patar se sont aussi réapproprié cette icône hollywoodienne. La première l’enveloppe de sa mélancolie habituelle et déconstruit le fantasme américain du vacher, le dépossédant de son colt et de son chapeau en 1979, les seconds donnent carte blanche à leur imagination entre surréalisme belge et absurde dans Panique au Village, dont le nouveau volet La foire agricole sera présenté lors de la prochaine édition du festival Anima.

Extrait de la Rentrée des classes de Vincent Patar et Stéphane Aubier

Par nostalgie, instinct de survie ou prise d’opinion politique, ces artistes, qui travaillent à hauteur de jouets, ravivent nos souvenirs, questionnent nos certitudes sur l’art et la société et éveillent notre imagination à l’immensité des possibles. Et si c’était à nous de jouer ?