Dans le cadre de mes vagabondages numériques nocturnes, j’ai rencontré l'art de Lara Herbinia : la musique, elle est tombée dedans quand était petite ; la photographie est arrivée plus tard.

Retrouvez Lara Herbinia dans la galerie Karoo.

Ce qu’il y a de saisissant dans les photographies de Lara Herbinia, c’est l’intimité, la pudeur et la sensibilité qu’elle parvient à leur insuffler, même quand celles-ci capturent l’atmosphère fiévreuse de la scène. Dans l’ambiance d’un restaurant bruxellois, elle nous livre son parcours, son art et sa passion pour la photographie.

Miossec 2014© Lara Herbinia-1
Miossec | 2014

Comment en es-tu venue à la photographie ? As-tu suivi des études spécifiques ?

Pas du tout. Je suis arrivée à la photographie en faisant de la musique. De la musique, j’en fais depuis toujours et j’ai notamment été chanteuse dans des groupes de rock. Très souvent, j’attendais que les musiciens se préparent, installent leurs instruments. Moi j’étais comme une diva avec mon petit micro, je ne m’occupais de rien. Alors je prenais des photos et de plus en plus on m’a dit que j’avais quand même un œil, qu’il y avait ma touche dans les photos que je prenais. C’est comme ça que j’en suis venue à la photographie. Je suis une passionnée, une tête brûlée et je me suis dit « Qu’est-ce que je risque ? » Alors je me suis lancée en autodidacte il y a cinq ans. J’ai d’ailleurs eu beaucoup honte à m’affirmer comme photographe au début car je n’avais suivi aucune formation. Je suis plutôt une bricoleuse. La technique est très importante mais je la trouve en testant. J’ai un rapport animal, instinctif avec mon boîtier.

Lorsqu’on observe ton travail, on constate que le monde de la musique occupe une place importante. Quel est l’artiste que tu rêverais de capturer ?

Mon rêve était de photographier David Bowie et c’est raté… Puis, je me suis dit : « Oh j’espère faire Prince un jour », donc je n’ose plus trop le dire parce que j’ai peur ! Mais sinon, je suis une grande fan de Nick Cave et j’ai eu l’occasion de le photographier au Cirque royal. J’adore aussi Biolay, j’espère un jour travailler avec lui. J’ai également eu la chance de suivre Hubert-Félix Thiéfaine dans quelques concerts.

Pourrais-tu dire quelle est ta patte artistique ?

Oh, je serais incapable de te répondre. Mais certains disent que c’est la lumière que j’arrive à faire jaillir de certaines personnes.

Une partie des photographies exposées dans la galerie cette semaine provient de différents concerts alors que l’autre est issue de la série « le Cri ». Peux-tu nous en dire un mot ?

Le cri © Lara Herbinia-2
Extrait de la série « le Cri ».

« Le Cri » est venu en observant les enfants. Les enfants se trouvent toujours beaux sur les photos alors qu’en vieillissant, on se trouve toujours moche. En fait, je pense qu’on a peur de l’abandon et justement, avec le cri, je demande à mon sujet de s’abandonner. Le cri, c’est quelque chose que tu ne peux pas gérer. Les gens ne savent pas à l’avance comment ils vont crier. Mais il ne s’agit pas d’un cri à la Munch, celui-là est terrible : c’est la peur, c’est tout le contraire de ce que je recherche dans mes images. Je regardais les enfants et je constatais qu’ils criaient tout le temps alors que les adultes ne crient quasiment jamais. Ils crient au match de foot, quand ils râlent en voiture, ou à un concert. C’est d’ailleurs pourquoi j’ai décidé de présenter une sélection de photos « concert » et « cri » dans la galerie, je trouvais ça chouette. Ce qui est génial, c’est que certaines personnes anticipent la façon dont ils vont crier et en fait ils crient d’une façon tout à fait différente. Certains ouvrent les yeux, certains les ferment, certains t’offrent carrément leur gorge, s’avancent, ont l’air agressif alors que d’autres sont tout à fait joyeux.

J’ai cru comprendre que tu travailles également sur des projets musicaux.

Tout à fait. Je travaille pour le festival Francofaune, un festival de musique qui met la langue française à l’honneur et qui se déroule à Bruxelles en octobre-novembre.

Je fais également partie du collectif Bertier. Pierre Dungen, le chanteur, cherchait une deuxième voix et c’est comme ça que je suis arrivée. Doucement, un collectif a commencé à naître. Aujourd’hui, on y retrouve des musiciens classiques, ou encore de jazz. Nous sommes vingt musiciens à avoir enregistré notre premier album et sur scène, nous sommes sept.

D’ailleurs, parmi vous, on retrouve le guitariste Yan Péchin (Alain Bashung, Brigitte Fontaine, Hubert-Félix Thiéfaine…).

Oui, en effet ! Pierre trouvait qu’au niveau de la guitare, il manquait quelque chose et les seules guitares qu’il entendait sur les textes de Bertier étaient celles de Yan. Moi, j’avais eu la chance de travailler avec lui dans un festival à Bulles, en Suisse. Nous l’avons contacté pour lui proposer le projet et il a tout de suite accepté.

Votre premier album Dandy est très mélancolique et raconte une véritable histoire. Qu’en sera-t-il du second ?

Le deuxième album sera dans la continuité du premier mais sera quand même assez différent. Le premier était sombre et assez mélancolique alors que le second sera plus aérien et plus lumineux. Pierre sait toujours où il va et il avait envie de faire quatre albums avec quatre éléments. Dandy, c’est l’eau. Le deuxième va être lumineux, comme des bulles de soda light. Et je ne peux pas trop en dévoiler pour le moment, mais je peux déjà te dire qu’il racontera l’histoire d’amour entre Anna et Robbie.

 

Tout autre chose

Si dans le monde, on ne devait garder qu’un seul bouquin, lequel serait-ce ?

Femme qui court avec les loups de Clarissa Pinkola Estés. C’est un bouquin qui parle du mythe, de l’histoire des femmes sauvages, c’est-à-dire qui incite les femmes à revenir à leur état complètement indépendant et animal, mais animal dans le bon sens du terme.

Le baiser de Gustav Klimt, 1909
Le Baiser de Gustav Klimt, 1909.

Un film ?

Alors moi je suis très bon public, mais c’est terrible : je vais te sortir Breaking the Waves. Mais en même temps je n’aurais pas envie que ce soit celui qui reste, il est tellement noir. J’ai mis une heure à m’en remettre donc, non, je ne vais pas garder celui-là. Puisque dans mes photos c’est la lumière qui est importante, je vais dire le Fabuleux destin d’Amélie Poulain. Pour la lumière et tout le positif qui s’en dégage, pour l’esthétique.

Un album ?

Ça c’est vicieux comme question ! Bon, puisque c’est vicieux et que je ne vais pas te parler d’albums qui sont passés et qui sont des monuments pour moi, je vais te parler d’actualité et je vais choisir les Vestiges du chaos, le dernier album de Christophe qui est un bijou. Il a vraiment réussi. Il est complètement dans la modernité et il s’est renouvelé en gardant sa patte, c’est formidable. Je l’aime !

Une peinture ?

Le Baiser de Gustav Klimt. Ça correspond vraiment à mon univers. J’aurais pu te parler de Friedensreich Hundertwasser. C’est un peintre qui a aussi réalisé des œuvres architecturales. Je trouve qu’il y a un vrai fil rouge avec Klimt, même si c’est assez différent. Je trouve son travail absolument magnifique, il me correspond totalement.