La radio vous réveille et vous fait sauter du lit, à la cadence des infos et du bulletin météo. Elle vous chatouille l’oreille en musique et vous donne du courage pour faire la vaisselle. La radio vous tient compagnie en voiture, elle est aussi l’amie des taximans, des maçons et autres travailleurs esseulés.

Écouter la radio, c’est souvent faire autre chose en même temps. Et si l’écoute était une activité en soi ? Et si, pour que l’expérience soit complète, elle était aussi collective ? C’est précisément le principe de l’écoute publique : un rendez-vous donné pour écouter à plusieurs une pièce sonore.

Ce n’est pas une proposition inédite - les anciens vous le diront : avant la télévision, on se rassemblait volontiers autour du poste de TSF pour suivre le feuilleton quotidien ou les dernières nouvelles de demain. Non, ce n’est pas nouveau mais c’est une offre qui se multiplie à Bruxelles et qui semble conquérir son public. La saison est déjà bien lancée, l’agenda des écoutes publiques est bien rempli et d’une séance à l’autre, d’un lieu à l’autre, le concept n’est pas figé.

Ivan Georgievich Drozdov, Écouter la radio, 1938.

Il n’est pas rare de retrouver la radio au cœur d’initiatives locales, tel un média vecteur de cohésion sociale, dans la lignée des radios libres. Le 8 octobre, dans le cadre d’une rencontre intitulée « Mémoire des années Nols à Schaerbeek », c’est le documentaire Moi raciste ? de Liévin Chemin qui était à l’écoute, suivi d’un débat retransmis en direct sur les ondes de Radio Panik. Un documentaire sur l’histoire de Schaerbeek, réalisé par un Schaerbeekois, présenté à l’Entrepote, un lieu tourné vers la vie de ce quartier et logiquement fréquenté par des habitants du quartier. Au risque de laisser les non-Schaerbeekois sur la touche, l’enjeu premier de cet événement était bien son ancrage local. En toute décontraction, une trentaine de personnes sont venues boire un verre, écouter et prendre part à une discussion sur le racisme − une problématique qui en l’occurrence dépasse largement la commune de Schaerbeek.
C’est dans le même état d’esprit que la Maison des cultures de Molenbeek a proposé, le 12 octobre, une écoute du documentaire de Claire Gatineau, Sortir de ce jardin − ou comment un collectif de jardiniers décide de se mobiliser pour l’écologie et de prendre part aux conventions internationales. Là encore, la réalisatrice, le sujet, le lieu et le public, tout a convergé vers un territoire particulier : Molenbeek.

Si les œuvres vont à la rencontre de leur public le plus proche et si cela peut alimenter des réflexions et des échanges, c’est très bien. Mais au-delà de l’engagement citoyen que peut susciter un documentaire, la création sonore est avant tout une pratique artistique. À ce titre, l’écoute peut être l’occasion d’une réelle expérience sensorielle et esthétique.

Au Centre culturel Jacques Franck, à Saint-Gilles, en partenariat avec l’Atelier de création sonore et radiophonique, c’est tous les troisièmes dimanches du mois qu’une séance est programmée, en présence des auteurs. Ici, vous entrez dans la salle obscure comme au théâtre ou au cinéma, sauf que cette fois la scène se déroule sur l’écran de votre imagination : le spectacle est donné par une paire d’enceintes et se joue pour vos oreilles.

C’est parfois sur de gros coussins que vous lâchez prise, tout ouïe. Dans la pénombre, l’écoute est plus introspective, plus libre, intime souvent − intimité redoublée si le sujet s’y prête, comme avec la pièce programmée le 21 octobre, Fantasmes, une création radiophonique de Marie Lisel.

Alors que nous sommes assaillis d’images et que les écrans sont devenus nos meilleurs ennemis, l’expérience de l’écoute marque une rupture. Le repos des yeux, c’est un moment suspendu, affranchi des gesticulations du quotidien. C’est un vrai plaisir.

Alors que l’image fixe une représentation, le son propose une expérience plus diffuse. Les voix, les accents, les boum, les tac, les fra pam pam pam, un souffle, un crissement... ces bruits font appel à l’inconscient collectif, ils s’adressent à tous autant qu’ils s’inscrivent et résonnent en chacun.

La création radio, ce n’est pas seulement du documentaire, c’est aussi de la fiction, des paysages sonores, de la musicalité, parfois un mélange mystérieux d’ambiances, des histoires pour les enfants, etc. Il y en a pour tous les goûts. Et pour ne rien gâcher, le plus souvent c’est gratuit, une raison de plus d’ouvrir grand les oreilles.

Des lieux pour partager l’écoute ?

  • L’Entrepote
    30 rue Général-Eenens, 1030 Schaerbeek
  • La Maison des cultures et de la cohésion sociale
    4 rue Mommaerts, 1080 Molenbeek-Saint-Jean
  • Le Jacques Franck, Centre culturel de Saint-Gilles
    94 chaussée de Waterloo, 1060 Saint-Gilles
  • l’ACSR, Atelier de création sonore et radiophonique, pour des informations sur l’actualité radiophonique, l’agenda des écoutes publiques et pour découvrir de nombreuses créations en ligne.

 

En savoir plus...

Moi, raciste ?
Un documentaire de Liévin Chemin | 2018 | 53 minutes
En écoute libre sur le site de l’auteur

Sortir de ce jardin
Un documentaire de Claire Gatineau | 2018 | 55 minutes

Fantasmes
Une création radiophonique de Marie Lisel | 2018 | 53 minutes